Publié le 2024-10-27 10:30:00. Le cancer, et en particulier le cancer du sein, a des conséquences profondes sur la vie professionnelle des femmes, allant de la perte d’emploi à des opportunités de carrière limitées. Une meilleure prise en compte des risques spécifiques liés au genre et une reconnaissance accrue des maladies professionnelles sont nécessaires pour améliorer la situation.
- Près de 28,4 % des patients atteints d’un cancer perdent ou quittent leur emploi après la maladie.
- Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de voir leurs perspectives professionnelles réduites par le cancer (55 % contre 41 %).
- En 2024, 35 875 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en Espagne, touchant une femme sur huit au cours de sa vie.
L’impact du cancer ne se limite pas aux aspects médicaux. Selon l’Observatoire du cancer, près d’un quart des patients (28,4 %) se retrouvent contraints d’abandonner leur emploi après la maladie, tandis que 3 % doivent changer de poste. Ces difficultés s’ajoutent aux défis physiques et émotionnels, engendrant souvent des complications financières : 41 % des familles confrontées au cancer voient leurs dépenses dépasser les 10 000 euros, les exposant à un risque accru d’exclusion sociale.
Les inégalités de genre sont particulièrement flagrantes dans ce contexte. Les femmes atteintes d’un cancer sont plus susceptibles que les hommes de subir des conséquences négatives sur leur carrière. Plus de la moitié d’entre elles (55 %) déclarent avoir vu leurs opportunités d’emploi ou leur progression professionnelle limitées, contre 41 % chez les hommes. Ce sentiment est renforcé par un manque de soutien perçu de la part de leurs collègues ou supérieurs hiérarchiques, que dénoncent 41 % des femmes contre 29 % des hommes. L’impact des obstacles rencontrés sur le lieu de travail est également plus important pour les femmes (50 %) que pour les hommes (37 %).
Le cancer du sein, en particulier, représente un défi majeur de santé publique. En 2024, l’Observatoire du cancer de l’Association espagnole contre le cancer (AECC) a recensé 35 875 nouveaux cas, soit près de 30 % des cancers diagnostiqués chez la femme. Les estimations prévoient une augmentation à 37 682 nouveaux cas en 2025, soulignant qu’une femme espagnole sur huit sera confrontée à cette maladie au cours de sa vie.
Malgré ces chiffres alarmants, la mortalité liée au cancer du sein tend à diminuer grâce aux progrès des traitements et à l’amélioration des programmes de dépistage. L’AECC souligne que ces programmes de prévention, mis en œuvre par les services de santé publique, sont essentiels pour un diagnostic précoce et une meilleure survie. Cependant, l’organisation plaide pour une extension de ces mesures de prévention au sein des entreprises.
Certaines entreprises ont déjà commencé à intégrer des tests de diagnostic préventif, notamment pour le cancer du sein, de la prostate ou du côlon, dans le cadre des contrôles de santé obligatoires pour les employés. Cette initiative, conforme à la législation en matière de prévention des risques professionnels, permet une détection précoce et améliore les chances de guérison. Il serait souhaitable que cette pratique se généralise, compte tenu des bénéfices qu’elle apporte non seulement aux travailleurs, mais également à la société dans son ensemble.
Il est également crucial de prendre en compte les facteurs de risque spécifiques aux femmes, tels que l’âge, l’obésité, la consommation de tabac et d’alcool, les antécédents reproductifs et les antécédents familiaux. Une action plus efficace sur les causes contrôlables, notamment la prévention de l’exposition aux agents cancérigènes sur le lieu de travail, est indispensable. Il est nécessaire de revoir les valeurs limites d’exposition, en tenant compte des différences biologiques entre les hommes et les femmes.
Le chercheur Laurent Vogel a souligné l’importance d’une approche plus attentive :
« Si vous êtes un homme atteint d’un cancer du poumon, votre médecin vous demandera probablement où vous travaillez, mais il est peu probable qu’il le fasse si vous êtes une femme atteinte d’un cancer du sein. Le manque d’informations qui en résulte pourrait être critique. »
Laurent Vogel, chercheur
La mise à jour de la liste espagnole des maladies professionnelles doit également intégrer une perspective de genre. Il est impératif d’inclure les maladies spécifiquement féminines d’origine professionnelle, comme le cancer de l’ovaire lié à l’exposition à l’amiante, mais aussi, et de manière prioritaire, le cancer du sein dû à l’exposition au travail de nuit, à des substances chimiques (pesticides, biphényles polychlorés, hydrocarbures aromatiques polycycliques, benzène et autres solvants) et aux rayonnements ionisants.
La sous-déclaration des maladies professionnelles, en particulier du cancer du sein, a un coût élevé, tant pour les travailleurs concernés, qui sont privés de reconnaissance sociale et de prestations, que pour le système de santé publique, qui doit assumer des dépenses qui devraient être à la charge des Mutuelles collaboratrices de la Sécurité sociale.
Les programmes de surveillance de la santé doivent également être adaptés aux risques spécifiques liés au genre et au poste occupé. Il peut être nécessaire d’adapter les fréquences ou les tests médicaux en fonction du sexe du travailleur. Après une absence prolongée due à la maladie, une évaluation médicale approfondie est essentielle lors du retour au travail, afin de déterminer si la travailleuse est particulièrement sensible à certains risques et de mettre en œuvre les mesures de prévention et de protection appropriées.
Le retour au travail après un cancer doit être progressif et graduel, afin de rassurer la travailleuse et de lutter contre l’anxiété. La négociation de protocoles spécifiques entre l’entreprise et les représentants des travailleurs, voire l’inclusion de clauses dans les conventions collectives, est essentielle. La flexibilité des horaires, l’adaptation des tâches et l’évitement des travaux physiquement exigeants ou stressants peuvent être envisagés pour faciliter la réintégration.
Il est également crucial de sensibiliser l’ensemble de l’organisation à la nécessité de soutenir le retour au travail des femmes ayant souffert d’un cancer du sein. L’Association espagnole du cancer rappelle que la douleur physique et la fatigue sont des symptômes fréquents qui persistent après la fin des traitements, soulignant l’importance d’un accompagnement adapté.
Image de la fiche d’affiliation UGT
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