Publié le 23 octobre 2025 à 21h14. Une nouvelle loi européenne visant à responsabiliser les entreprises en matière de droits de l’homme et d’environnement suscite une vive opposition de Washington et de Doha, qui mettent en garde contre des conséquences néfastes pour la sécurité énergétique et la compétitivité du continent.
- Les États-Unis et le Qatar ont conjointement averti l’Union européenne que la directive sur la diligence raisonnable en matière de développement durable pourrait menacer l’approvisionnement énergétique et la croissance économique.
- Cette loi, surnommée « loi anti-espionnage », obligerait les entreprises à surveiller et à prévenir les abus tout au long de leur chaîne de production.
- Un vote inattendu au Parlement européen a rejeté une version affaiblie de cette loi, ouvrant la voie à de nouvelles négociations et à une pression accrue.
Ce qui avait débuté comme une initiative européenne pour responsabiliser les entreprises face aux atteintes aux droits de l’homme et à l’environnement s’est transformé en un véritable bras de fer géopolitique. Dans une lettre sans précédent, les États-Unis et le Qatar ont mis en garde les dirigeants européens contre les risques que représente la nouvelle directive sur la diligence raisonnable en matière de développement durable (CSDDD) pour la sécurité énergétique et la résilience économique de l’Europe. Leur message est clair : les ambitions européennes pourraient s’avérer coûteuses.
La missive, adressée aux chefs de gouvernement de tous les États membres de l’UE et consultée par nos sources, est signée par Chris Wright, secrétaire américain à l’Énergie, et Saad Sherida al-Kaabi, son homologue qatari. Ils y affirment que la directive « constitue une menace existentielle pour la croissance, la compétitivité et la résilience de l’économie industrielle de l’UE ». La lettre complète est disponible ici.
La loi européenne, également qualifiée de « loi anti-espionnage », imposerait aux entreprises de lutter contre les abus tout au long de leur chaîne d’approvisionnement. Selon Washington et Doha, cela entraînerait une « augmentation des prix de l’énergie et des matières premières » ainsi qu’un « effet dissuasif sur les investissements et le commerce ».
Une dépendance au gaz naturel liquéfié
Le timing de cet avertissement n’est pas fortuit. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’UE est devenue dépendante du gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis et du Qatar pour environ un cinquième de ses besoins en gaz. Les deux pays estiment que les nouvelles règles européennes pourraient affecter leurs exportations et leur volonté d’investir, menaçant directement l’approvisionnement.
« Cela intervient à un moment critique, alors que nos pays et nos entreprises s’efforcent non seulement de maintenir, mais aussi d’accroître considérablement l’approvisionnement fiable en GNL de l’UE », ont écrit les ministres dans leur lettre.
Cet avertissement intervient alors que le Parlement européen est secoué par des tensions politiques. Hier, les députés ont rejeté, de manière surprenante, une version affaiblie de la loi européenne sur le devoir de vigilance, officiellement appelée Directive sur le devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises (CSDDD).
Le Qatar et les États-Unis auront de nouvelles occasions de faire pression sur Bruxelles lors de la reprise des négociations, afin de supprimer les « dispositions les plus préjudiciables à l’économie », notamment les règles qui s’appliquent également en dehors de l’Europe, l’obligation d’avoir des plans climatiques et la possibilité de tenir les entreprises responsables des abus de leurs fournisseurs. À défaut, ils préviennent qu’il existe un risque de recul du commerce et de l’approvisionnement énergétique.
Mais la pression ne vient pas seulement de l’extérieur. La résistance s’intensifie également au sein de l’Europe. Le chancelier allemand Merz et le président français Macron ont déjà demandé un report, et des dizaines de dirigeants européens ont plaidé la semaine dernière pour le retrait de la directive, craignant qu’elle ne nuise davantage à la compétitivité des industries européennes, alors que les prix de l’énergie restent élevés et que les investisseurs se tournent vers les États-Unis.
Ce qui devait être une boussole morale pour un entrepreneuriat responsable est devenu un test pour la maturité géopolitique de l’Europe. La lettre de Washington et de Doha révèle comment les ambitions vertes de Bruxelles se heurtent aux intérêts de ses partenaires énergétiques et commerciaux, et comment les idéaux qui guident le processus décisionnel européen sont finalement ajustés en fonction de considérations démocratiques.
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