Publié le 23 octobre 2024 16:47:00. Des vaccins à ARNm initialement conçus pour lutter contre la COVID-19 pourraient avoir un effet inattendu et bénéfique : améliorer l’efficacité des traitements contre certains cancers du poumon et de la peau, selon une étude américaine.
- Les vaccins à ARNm contre la COVID-19 pourraient prolonger la survie des patients atteints de certains cancers du poumon et de mélanome.
- L’effet positif semble lié à la stimulation du système immunitaire, amplifiant l’action des immunothérapies.
- Des coupes budgétaires dans la recherche sur les vaccins à ARNm aux États-Unis pourraient freiner les avancées dans ce domaine prometteur.
L’histoire de la technologie de l’ARN messager (ARNm) est jalonnée de décennies de recherche, mais c’est la pandémie de COVID-19 qui a propulsé son développement. En 2020, cette approche s’est révélée être une voie prometteuse pour prévenir les formes graves de la maladie. Les essais cliniques ont rapidement confirmé son efficacité et sa sécurité, faisant des vaccins à ARNm un outil essentiel pour maîtriser la crise sanitaire mondiale. Cette réussite a été saluée par la communauté scientifique, et a même valu le prix Nobel de médecine en 2023 à Katalin Karikó et Drew Weissman pour leurs découvertes fondamentales expliquant comment rendre cette technologie possible.
Aujourd’hui, les vaccins à ARNm contre la COVID-19 continuent d’être utilisés pour renforcer la réponse immunitaire et protéger contre le virus. Une équipe de chercheurs de l’Université de Floride (États-Unis) s’est alors interrogée sur la possibilité que cette puissante activation du système immunitaire puisse également avoir des effets bénéfiques sur d’autres traitements, notamment les immunothérapies utilisées pour combattre le cancer comme le rapporte la revue Science.
L’immunothérapie, en particulier celle basée sur les inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, vise à lever les freins naturels du système immunitaire pour lui permettre d’attaquer les cellules tumorales. Cependant, cette approche n’est pas toujours efficace, car le système immunitaire de certains patients reste peu réactif. L’équipe de recherche a émis l’hypothèse que les vaccins à ARNm pourraient stimuler le système immunitaire et ainsi améliorer l’efficacité de ces traitements.
Des études préliminaires sur des souris avaient déjà suggéré un lien entre les vaccins à ARNm et une meilleure réponse immunitaire. Pour confirmer ces résultats, les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de plus de 1 000 personnes atteintes de cancer du poumon ou de mélanome. Ils ont constaté que chez les patients ayant reçu un vaccin à ARNm contre la COVID-19 dans les 100 jours suivant le début de l’immunothérapie pour un cancer du poumon, la durée de survie moyenne avait doublé, passant de 21 à 37 mois. Les résultats étaient également encourageants pour le mélanome, avec un nombre important de patients toujours en vie, rendant le calcul d’une moyenne difficile.
L’effet maximal a été observé chez les personnes vaccinées dans les 100 jours suivant le début du traitement, mais les chercheurs estiment qu’une période de 30 jours pourrait être optimale. Il est important de noter que ces bénéfices ont été observés uniquement avec les vaccins à ARNm, et non avec les vaccins traditionnels contre la grippe, par exemple.
Les chercheurs pensent que les caractéristiques spécifiques des vaccins à ARNm, notamment leur capacité à agir directement à l’intérieur des cellules grâce à un système de délivrance basé sur des nanoparticules lipidiques, pourraient expliquer ces résultats prometteurs. Cette activation du système immunitaire, combinée à l’action des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires, favoriserait la destruction des cellules tumorales comme le détaille une publication dans Nature Medicine.
Pour valider ces découvertes, l’équipe prévoit de mener un essai clinique rigoureux afin de confirmer les conditions optimales et d’observer les patients de manière plus directe. Si ces résultats sont confirmés, l’administration de vaccins à ARNm pourrait être envisagée comme une thérapie d’appoint, voire comme une base pour le développement de vaccins spécifiquement conçus pour lutter contre le cancer comme cela est déjà exploré dans le domaine de la lutte contre le cancer.
Cependant, le financement de la recherche sur les vaccins à ARNm a connu un ralentissement, notamment suite à la décision de l’administration Trump de réduire de plus de 500 millions de dollars les fonds alloués à ces programmes aux États-Unis. Le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr, a également exprimé des positions anti-vaccins, contestant l’efficacité des vaccins contre la COVID-19, en dépit des preuves scientifiques du contraire.
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