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Le point de vue d’un oncodermatologue sur les toxicités dermatologiques dans le cancer du sein

by Sophie Martin

Publié le 27 octobre 2025 22:02:00. Les effets secondaires dermatologiques liés aux traitements contre le cancer du sein, qu’il s’agisse de chimiothérapie ou de thérapies ciblées, sont de plus en plus pris en compte grâce à l’émergence de l’onco-dermatologie, une spécialité qui permet d’améliorer la qualité de vie des patientes et de maintenir l’efficacité des soins.

  • Les toxicités cutanées sont une cause fréquente d’arrêt des traitements contre le cancer.
  • Les thérapies ciblées et l’immunothérapie sont souvent associées à des effets secondaires cutanés importants.
  • Une collaboration étroite entre les oncologues et les dermatologues est essentielle pour une prise en charge optimale des patientes.

Les effets indésirables dermatologiques (EID) représentent un défi majeur dans le traitement du cancer du sein. Ils peuvent considérablement altérer la qualité de vie des patientes et, dans certains cas, conduire à l’interruption des thérapies. L’essor de l’onco-dermatologie, une discipline dédiée à la prise en charge de ces complications, permet aujourd’hui d’améliorer significativement la situation.

Selon le Dr Allireza Alloo, professeur agrégé clinique au département de médecine de la Grossman Long Island School of Medicine de l’Université de New York (NYU) et directeur médical de la division de dermatologie de l’hôpital NYU Langone de Long Island, les EID étaient autrefois une des principales raisons d’interruption des traitements anticancéreux.

« Avant que l’onco-dermatologie ne soit créée, les toxicités cutanées, entre autres choses, étaient l’une des raisons les plus courantes pour lesquelles les thérapies liées au cancer ont été arrêtées. »

Allireza Alloo, MD

Les chimiothérapies, notamment celles à base de taxanes, peuvent provoquer une alopécie (chute des cheveux), des modifications des ongles (hyperpigmentation, décollement de l’ongle) et un syndrome main-pied. Des mesures de soutien, comme le refroidissement du cuir chevelu ou l’utilisation de minoxidil (5 %), peuvent aider à atténuer la perte de cheveux. Il est également important de conseiller aux patientes de garder les ongles courts et de porter des gants pour prévenir les infections.

Les thérapies ciblées, quant à elles, peuvent entraîner des éruptions cutanées variées, allant d’éruptions cutanées non spécifiques (morbilliformes ou maculopapuleuses) à des manifestations plus spécifiques, comme des éruptions ressemblant au psoriasis, à de l’eczéma ou au pityriasis rubra pilaris. Les inhibiteurs de CDK4/6 sont souvent associés à des eczémas, et dans certains cas, à un vitiligo. Des réactions plus graves, comme le syndrome de Stevens-Johnson, peuvent également survenir. La stomatite (inflammation de la bouche) est un effet secondaire fréquent de ces thérapies.

Le traitement des EID dépend de leur gravité. Des stéroïdes topiques peuvent être prescrits pour les éruptions cutanées légères à modérées, tandis que des médicaments spécifiques contre le psoriasis, comme le dupilumab (Dupixent), peuvent être utilisés pour les éruptions psoriasiformes. Il est crucial d’hydrater la peau et d’adopter une hygiène douce.

Pour les professionnels de santé, il est essentiel de surveiller l’étendue des lésions, la présence de douleurs, de cloques ou d’atteinte des muqueuses (bouche, yeux, organes génitaux), ainsi que l’apparition de symptômes systémiques (fièvre, etc.). Ces signes peuvent indiquer une toxicité plus grave et nécessiter une prise en charge rapide.

La décision de poursuivre ou d’interrompre un traitement dépend de l’impact des EID sur la qualité de vie de la patiente et sa capacité à effectuer les activités de la vie quotidienne. Si les toxicités sont trop importantes et affectent significativement les activités de base (se laver, s’habiller, manger), il peut être nécessaire d’ajuster la dose ou de changer de traitement.

Une collaboration étroite entre les équipes d’oncologie médicale et d’onco-dermatologie est primordiale. Des consultations électroniques et des mécanismes de référence efficaces permettent une prise en charge rapide et coordonnée des patientes. L’éducation des patientes est également essentielle : elles doivent être informées des effets secondaires potentiels et savoir comment les signaler à leur équipe soignante.

Des outils de mesure des résultats rapportés par les patientes sont en cours de développement pour mieux évaluer l’impact des EID et améliorer la prise en charge. L’objectif est de permettre aux patientes de signaler rapidement et précisément les symptômes, afin que les professionnels de santé puissent adapter le traitement en conséquence.

Enfin, il est important de rappeler que les patientes peuvent continuer à recevoir leur traitement anticancéreux tout en bénéficiant d’une prise en charge dermatologique spécialisée.

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