Publié le 2 novembre 2025 à 09h10. L’Ukraine met en évidence l’utilisation par la Russie d’un missile de croisière avancé, le 9M729, pour faire pression sur Washington et obtenir l’autorisation d’acquérir des missiles américains Tomahawk, tandis que les tensions liées aux armements nucléaires s’intensifient en Europe.
- La Russie aurait utilisé au moins 23 fois depuis août des missiles de croisière basés au sol contre l’Ukraine.
- Le missile 9M729, capable d’emporter des charges conventionnelles ou nucléaires, est conçu pour atteindre l’Europe et a une portée réelle de 2 500 km (contre 480 km officiellement déclarés par Moscou).
- L’Ukraine espère obtenir des Tomahawk américains pour contrer les frappes russes, une demande qui pourrait être facilitée par la démonstration de la capacité russe à déployer des armes interdites par le traité INF.
L’Ukraine accuse la Russie de contourner les accords internationaux en utilisant le missile de croisière 9M729, une arme qui avait déjà suscité des inquiétudes lors de la période précédant la fin du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF). Kiev affirme que Moscou a lancé au moins 23 frappes contre des cibles ukrainiennes avec ce type de missile depuis le mois d’août, une information qu’elle utilise pour faire pression sur les États-Unis.
Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, cherche activement à obtenir de son homologue américain, Donald Trump, l’autorisation d’acquérir des missiles Tomahawk, des armes à longue portée (portée maximale de 2 500 km) aux caractéristiques similaires au 9M729. Cette demande s’inscrit dans un contexte de bombardements russes intensifiés sur les villes et les infrastructures critiques ukrainiennes.
Le traité INF, signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, interdisait les missiles nucléaires et conventionnels terrestres d’une portée comprise entre 500 et 5 500 km. En 2019, Donald Trump avait dénoncé ce traité, accusant Moscou de ne pas respecter ses engagements et de développer en secret des missiles interdits, notamment le 9M729. Moscou avait alors affirmé que la portée de ce missile était limitée à 480 km, ce qui le soustrayait aux dispositions du traité.
Selon le site Missile Threat, créé par le Centre d’études stratégiques et internationales de Washington, la portée réelle du 9M729 est en réalité de 2 500 km. Cette révélation renforce les arguments de Kiev, qui estime que la fourniture de Tomahawk permettrait de rétablir un équilibre des forces face à la Russie.
Les similitudes entre le 9M729 et le Tomahawk sont frappantes : dans les années 1980, les États-Unis avaient même retiré et interdit leurs propres missiles Tomahawk à capacité nucléaire lancés au sol pour se conformer au traité INF, préférant des modèles à lancement aérien et maritime. La réapparition du 9M729 pourrait donc inciter Donald Trump à reconsidérer sa position sur la vente de Tomahawk à l’Ukraine.
Au-delà de la situation en Ukraine, la révélation de l’utilisation du 9M729 par la Russie soulève des inquiétudes plus larges en matière de sécurité européenne. John Forman, ancien attaché militaire britannique à Moscou et Kiev, souligne l’importance de cette évolution :
« Pour les Ukrainiens, c’est une question académique. Ils doivent s’occuper de tous les missiles de croisière, quels que soient leur type et leur portée. Le plus gros problème est que la Russie utiliserait désormais des missiles à portée INF, dont elle avait auparavant nié le développement et le déploiement. C’est très important pour la sécurité européenne et c’est une évolution que l’OTAN n’a pas encore maîtrisée. »
Les analystes estiment que la Russie pourrait être contrainte d’utiliser ses stocks de missiles 9M729 pour maintenir la pression sur l’Ukraine, en raison de difficultés à maintenir un rythme soutenu de frappes aériennes. Cette situation pourrait également indiquer que Vladimir Poutine a du mal à obtenir les résultats escomptés dans les négociations de paix.
L’OTAN a par le passé réagi aux rumeurs concernant le 9M729 en renforçant sa présence militaire et ses opérations de reconnaissance. Si ce missile devait être ciblé sur des membres de l’alliance, de nombreux pays européens se retrouveraient à portée d’une arme à capacité nucléaire, une perspective qui inquiète au vu des estimations selon lesquelles Moscou pourrait attaquer l’alliance dans les cinq prochaines années.
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