Publié le 2025-11-02 11:40:00. Les personnes vivant avec le VIH présentent un risque significativement accru de développer un cancer anal, mais un dépistage régulier et un traitement précoce des lésions peuvent réduire considérablement cette menace. De nouvelles recommandations germano-autrichiennes précisent les modalités de cette surveillance.
- Le risque de cancer anal est jusqu’à 100 fois plus élevé chez les personnes séropositives.
- Un dépistage régulier de la dysplasie anale de haut grade et des tumeurs malignes est recommandé.
- L’âge de début du dépistage varie en fonction du risque individuel.
Les personnes infectées par le Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) sont particulièrement vulnérables au cancer anal. Des études récentes ont mis en évidence un risque accru, pouvant atteindre un facteur 100 par rapport à la population générale. Face à cette réalité, des experts ont élaboré des directives précises pour optimiser le dépistage et la prise en charge.
Selon les recommandations germano-autrichiennes, actualisées par la Société allemande de dermatologie (DGG) et d’autres sociétés spécialisées, le dépistage régulier de la dysplasie anale de haut grade et des tumeurs malignes est essentiel. Les lésions sont classées en différentes catégories, allant de la muqueuse normale aux verrues génitales (condylomes acuminées), en passant par les néoplasies intraépithéliales anales (AIN) de grades 1 à 3, et enfin, les carcinomes.
L’âge auquel le dépistage doit débuter dépend du niveau de risque. Toutes les personnes de 45 ans et plus vivant avec le VIH sont concernées. Cependant, pour les hommes séropositifs ayant des rapports sexuels avec des hommes, ainsi que pour les femmes transgenres séropositives, le dépistage doit commencer dès l’âge de 35 ans. De même, toute personne vivant avec le VIH et présentant une dysplasie cervicale, vulvaire ou anale persistante et sévère doit être examinée, quel que soit son âge. Les personnes séropositives avec un nombre de lymphocytes CD4+ inférieur à 200/µl (une mesure de l’état du système immunitaire) sont également prioritaires.
Un dépistage est également conseillé, bien que avec une recommandation légèrement moins forte, aux personnes vivant avec le VIH et présentant des verrues anogénitales persistantes, ainsi qu’aux femmes séropositives atteintes d’une infection persistante au Papillomavirus humain de type 16 (VPH16) depuis plus d’un an. Enfin, les personnes séropositives recevant un traitement immunosuppresseur doivent également être surveillées.
La fréquence du dépistage est généralement recommandée tous les deux ans pour tous les groupes de patients, en l’absence de lésions de l’épithélium anal. Le diagnostic repose sur une inspection visuelle, une palpation rectale numérique et une cytologie anale. En cas de résultats anormaux, des examens complémentaires sont nécessaires.
Le Dr David Chromy, de la Clinique universitaire de dermatologie de Vienne, et son équipe recommandent de réaliser la cytologie anale dans les 24 heures suivant une irrigation colique ou des rapports sexuels, ainsi qu’en cas de suspicion ou de diagnostic d’infection bactérienne dans la région anale. L’échantillon cytologique doit être prélevé directement lors du premier examen intra-anal afin de minimiser le risque de contamination par du sang ou du lubrifiant, ce qui pourrait fausser les résultats. Il est également possible pour la personne concernée de réaliser elle-même le prélèvement, après avoir reçu des instructions appropriées.
Un examen des variantes à haut risque du Papillomavirus humain (VPH-HR) peut également être utile, car son ADN peut souvent être détecté même en l’absence de lésions visibles. L’analyse du microbiome est, en revanche, déconseillée dans le cadre du dépistage. Lors de l’examen rectal, cinq paramètres sont évalués : le tonus du sphincter, la sensibilité à la douleur, la présence de sténoses ou de cicatrices, ainsi que la présence de sang ou de mucus et le remplissage de l’ampoule rectale. Il est préférable de réaliser cet examen juste avant l’anoscopie.
Si des changements graves sont suspectés, il est préférable de procéder à une biopsie
L’anuscopie haute résolution (HRA) est considérée comme la méthode de référence pour détecter la dysplasie. Elle permet d’inspecter l’ensemble de l’anus et de la région périanale. Si un changement majeur ne peut être exclu, une biopsie des lésions est recommandée. L’HRA doit être réalisée pour les cellules squameuses atypiques, les lésions intraépithéliales de bas grade et les lésions de haut grade. Si l’HRA n’est pas disponible, une anoscopie conventionnelle sans agrandissement peut être proposée.
Pour le traitement de la dysplasie de haut grade confirmée par une biopsie, les directives recommandent l’utilisation du bistouri électrique, de l’acide trichloroacétique et de l’excision chirurgicale. D’autres options, telles que les lasers C02, l’ablation par radiofréquence, la cryothérapie, la coagulation infrarouge et l’imiquimod, peuvent également être envisagées. L’utilisation de 5-fluorouracile à 5 % et de sinécatéchine, ainsi que le traitement photodynamique et la radiothérapie, sont également possibles. Dans certains cas, une combinaison de différentes techniques peut être nécessaire. Un suivi attentif est indispensable dans tous les cas.
*Société allemande de dermatologie
Source : Chromy D et al. « Directive germano-autrichienne sur le dépistage de la dysplasie anale et du carcinome anal chez les personnes vivant avec le VIH » ; J Dtsch Dermatol Ges. 2025 ; 8 : 10 25-10 40 ; https://www.jhep-reports.eu/article/S2589-5559(23)00317-8/fulltext; Numéro de registre AWMF. 055-007 ; www.awmf.org
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