Home DivertissementJames Van Der Zee’s Dreamlike Images of the Departed

James Van Der Zee’s Dreamlike Images of the Departed

by Antoine Girard

Un retour au travail marqué par le silence et la création : c’est ainsi que se dessinait la renaissance d’Owen Dodson, figure majeure de la scène théâtrale américaine et mentor d’une jeune génération d’écrivains. Sa passion pour la photographie, et notamment l’œuvre de James Van Der Zee, a profondément marqué un jeune homme qu’il a pris sous son aile dans les années 1970.

Owen Dodson, poète, dramaturge et ancien professeur à l’université Howard, s’est illustré en 1955 en étant le premier à mettre en scène « The Amen Corner », la première pièce de James Baldwin. À une époque où l’accent était mis sur un anglais standardisé, l’université Howard hésitait à monter ce texte où les personnages s’exprimaient en anglais afro-américain. Dodson, cependant, a tenu bon.

C’est bien avant que je le rencontre, au début des années 1970, alors que j’avais quatorze ans. Une amie d’enfance, devenue institutrice et travaillant avec ma mère à Brooklyn, a fait notre connaissance. Elle, comme ma mère, croyait en mon potentiel d’écrivain. Dodson m’a ensuite invité chez lui pour récupérer quelques livres qu’il souhaitait donner. Cette rencontre fortuite a rapidement évolué vers une relation de mentorat complexe et enrichissante.

Son appartement, situé sur West 51st Street, était un véritable cabinet de curiosités. J’y découvrais un univers que je ne connaissais jusque-là que par les livres ou l’imagination : des dessins de Cocteau, des canapés d’époque victorienne, des chandeliers dignes d’une pièce de théâtre du XIXe siècle. Dodson possédait également une impressionnante collection de livres d’art et de photographie, dont une première édition de « Le Moment décisif » d’Henri Cartier-Bresson et un ouvrage consacré à un photographe que je ne connaissais pas : James Van Der Zee.

C’est la couverture du livre « The World of James Van Derzee », publié en 1969, qui a immédiatement captivé mon attention. Elle présentait quatre hommes noirs élégamment vêtus, arborant des chapeaux melon. Trois portaient des nœuds papillon, tandis que le quatrième, un homme plus âgé avec une imposante moustache grise, portait une cravate et un gilet, avec une montre de poche discrètement rangée. Il ne s’agissait pas d’une mise en scène pour la caméra, mais plutôt d’une démonstration de l’élégance et de la formalité du quotidien. La photo, teintée de sépia, révélait une aisance entre ces hommes qui m’était totalement inconnue.

Je voulais tout savoir sur eux. (J’ai découvert plus tard qu’il s’agissait d’un portrait de Van Der Zee, de ses frères et de leur père.) En peinture et en dessin, on cherche d’abord à connaître l’artiste ; en photographie, c’est le sujet qui attire l’œil. Les meilleurs photographes encadrent leurs images avec une humilité émerveillée : « Regardez ceci ! » Et c’est précisément ce que Van Der Zee voulait nous montrer dans cette photographie, et dans toutes celles que j’ai vues à cette époque : la coexistence du spectaculaire et du banal, et son intérêt pour l’un comme pour l’autre, y compris pour ceux qui ne sont plus.

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