Publié le 2024-02-29 14:35:00. Un homme de 77 ans, souffrant de schizophrénie et d’autres problèmes de santé, a affirmé être mort, une conviction délirante exacerbée selon sa sœur par son engagement dans les Alcooliques Anonymes. Ce cas rare illustre la complexité du syndrome de Cotard, un trouble psychiatrique méconnu.
- Un patient atteint du syndrome de Cotard a déclaré être décédé, attribuant son état à une intelligence supérieure et à des forces spirituelles hostiles.
- Ses antécédents médicaux comprennent la schizophrénie, l’alcoolisme, une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et un emphysème.
- Le syndrome de Cotard, également appelé délire de négation, se manifeste par des délires de déni de soi, du monde ou de l’existence même.
L’histoire de cet homme, révélée par le Dr Andrea C. Casas López dans le Journal Colombien de Psychiatrie, met en lumière un trouble psychiatrique extrêmement rare et déroutant. Le patient, célibataire et sans enfant, avait reçu un diagnostic de schizophrénie il y a plus de trente ans. Après avoir exercé le métier de vendeur jusqu’à l’âge de 40 ans, ses symptômes se sont progressivement aggravés, le conduisant à une vie précaire marquée par des périodes de sans-abrisme.
Selon le Dr Casas López, la sœur du patient a constaté une intensification de ses délires nihilistes et de persécution depuis qu’il a intégré les Alcooliques Anonymes. Elle a rapporté que son frère affirmait être mort, victime de forces spirituelles qui le persécutaient et l’empêchaient de vivre.
« Il a commencé par ces spiritualités qui, selon lui, le persécutent et ne le laissent rien faire, avec l’histoire de sa mort »,
Sœur du patient
Outre ses délires, l’homme souffrait de graves difficultés à prendre soin de lui, d’insomnie, d’une perte d’appétit, ainsi que d’hallucinations auditives et visuelles. Il percevait des voix et des apparitions comme des esprits malveillants qui le harcelaient.
Le syndrome de Cotard, décrit pour la première fois en 1880 par le neurologue français Jules Cotard, est un trouble neuropsychiatrique grave et exceptionnel. Il figure dans les manuels de diagnostic psychiatrique tels que le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et la CIM (Classification internationale des maladies) en tant que délire associé à d’autres pathologies. Selon la Dr María José Collado Mateo, psychologue et co-directrice du Centre Cuarto de Contadores à Leganés, en Espagne, ce syndrome se caractérise par des délires de déni, où la personne nie son propre corps, l’existence du monde ou même sa propre existence. Ces idées peuvent évoluer vers des délires d’immortalité, de mégalomanie ou d’hypocondrie.
Les symptômes associés au syndrome de Cotard incluent l’immobilité, le mutisme, les hallucinations (visuelles, auditives, olfactives ou gustatives), le fait de se parler à la troisième personne, des murmures d’autodérision, des idées de possession, de persécution et des pensées suicidaires. Des troubles anxieux ou dépressifs sont également fréquemment observés.
Le syndrome de Cotard peut se manifester comme un trouble primaire ou secondaire à d’autres affections neuropsychiatriques, telles que la dépression, les troubles psychotiques, le trouble bipolaire, la schizophrénie, les maladies cérébrovasculaires, la catatonie, l’épilepsie, la maladie de Parkinson ou les lésions cérébrales.
Causes multiples
Les spécialistes de la Clínica Universidad de Navarra soulignent que le syndrome de Cotard est multifactoriel, impliquant des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Ces facteurs varient en fonction de la cause sous-jacente du trouble. Les facteurs biologiques comprennent les déséquilibres neurochimiques (sérotonine, dopamine), les dysfonctionnements cérébraux et les maladies neurologiques. Les facteurs psychologiques incluent les troubles psychiatriques (dépression sévère avec caractéristiques psychotiques, schizophrénie) et les traumatismes émotionnels. Enfin, l’isolement social et les influences culturelles peuvent également jouer un rôle.
Le traitement du syndrome de Cotard relève de la psychiatrie et dépend de l’état clinique du patient et de la cause sous-jacente. Les options thérapeutiques incluent l’électroconvulsivothérapie et l’utilisation de médicaments tels que la fluoxétine, la paroxétine, le carbonate de lithium, ou des combinaisons comme l’halopéridol et la clomipramine.
Le pronostic du syndrome de Cotard est incertain. Il dépend de l’évolution de la cause organique sous-jacente, si elle existe. Cependant, des cas persistent malgré l’amélioration des symptômes dépressifs. Dans les cas associés à des symptômes psychotiques, ceux-ci peuvent se résoudre ou devenir chroniques. Dans certains cas, la guérison peut être rapide, progressive ou même spontanée. Il arrive également que les patients prennent conscience de leur délire, ce qui peut rendre le syndrome plus supportable.
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