Publié le 8 novembre 2023. Une nouvelle étude remet en question les pratiques courantes de transfusion sanguine chez les patients cardiaques à risque après une intervention chirurgicale majeure, suggérant qu’une approche moins agressive pourrait être aussi efficace, voire plus sûre.
- Une stratégie de transfusion sanguine libérale n’a pas démontré de bénéfice en termes de réduction de la mortalité ou des complications cardiaques majeures chez les patients à haut risque.
- L’étude, menée auprès de vétérans américains, révèle que les patients recevant moins de transfusions présentent un risque légèrement inférieur de complications cardiaques, notamment d’arythmies.
- Les résultats suggèrent qu’une approche personnalisée, tenant compte de la gravité de l’insuffisance cardiaque et d’autres facteurs de risque, pourrait être préférable.
Les pratiques de transfusion sanguine sont depuis longtemps un sujet de débat dans le milieu médical. L’essai clinique Transfusion Trigger after Operations in High Cardiac Risk Patients (TOP), dont les résultats ont été publiés dans le JAMA, apporte de nouvelles données qui pourraient influencer les protocoles actuels. L’étude a porté sur 1 424 vétérans américains suivis dans 16 centres médicaux spécialisés.
Les participants, dont l’âge moyen était de 69,9 ans (presque exclusivement des hommes, à 97,8 %), avaient tous subi une intervention chirurgicale vasculaire ou générale majeure et présentaient des antécédents de problèmes cardiaques. Ils ont été répartis aléatoirement en deux groupes : un groupe “libéral”, recevant une transfusion sanguine lorsque leur taux d’hémoglobine (Hb) atteignait 10 g/dL (100 g/L), et un groupe “restrictif”, ne recevant une transfusion que lorsque leur taux d’Hb descendait en dessous de 7 g/dL (70 g/L).
Les résultats ont montré que le taux de décès toutes causes confondues ou d’événements ischémiques majeurs (infarctus du myocarde, revascularisation coronarienne, insuffisance rénale aiguë ou accident vasculaire cérébral ischémique dans les 90 jours suivant l’opération) était comparable dans les deux groupes : 9,1 % pour le groupe libéral et 10,1 % pour le groupe restrictif. Cependant, une analyse plus approfondie a révélé que les complications cardiaques autres que l’infarctus du myocarde étaient plus fréquentes dans le groupe restrictif (9,9 % contre 5,9 %). Cette différence était principalement due à l’apparition de nouvelles arythmies nécessitant un traitement (4,3 % contre 2,6 %) et à l’aggravation ou à l’apparition d’une insuffisance cardiaque (5,8 % contre 4 %).
En termes de consommation de sang, 27,8 % des patients du groupe libéral ont reçu une unité de sang, et 65,7 % en ont reçu deux ou plus, tandis que 77 % des patients du groupe restrictif n’ont reçu aucune transfusion. La mortalité à 90 jours était similaire dans les deux groupes (4,6 % et 4,7 % respectivement).
Les auteurs de l’étude soulignent la complexité des mécanismes en jeu.
« La physiopathologie sous-jacente est probablement complexe car, outre l’effet de l’anémie, les différences dans la quantité et le taux d’administration de liquide intraveineux et l’utilisation de diurétiques sont des facteurs contributifs importants. »
Auteurs de l’étude TOP
Dans un éditorial accompagnant la publication, les docteurs Jeremy W. Jacobs et Evan M. Bloch soulignent que l’anémie prolongée peut aggraver l’ischémie myocardique et précipiter l’insuffisance cardiaque.
Les chercheurs suggèrent qu’une approche plus nuancée pourrait être envisagée, en particulier pour les patients présentant une insuffisance cardiaque sévère, des syndromes coronariens aigus récents ou des arythmies mal contrôlées. Bien que le taux d’événements observés soit inférieur aux prévisions initiales, ce qui limite la capacité de l’étude à démontrer une différence statistiquement significative, les auteurs estiment que ces résultats restent pertinents sur le plan clinique.
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