L’Inde est confrontée à une épidémie de diabète en pleine expansion, avec près de 89,8 millions de personnes touchées en 2024, un chiffre en hausse exponentielle depuis les 32,7 millions recensés en 2000. À l’occasion de la Journée mondiale du diabète 2025, les experts soulignent l’urgence d’une approche stratégique et personnalisée pour inverser cette tendance.
Si des progrès notables ont été réalisés en matière de sensibilisation et de diagnostic, notamment grâce à des programmes nationaux comme le NPCDCS (Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles), près de 57 % des adultes diabétiques restent non diagnostiqués. Cette détection tardive constitue un véritable point faible de la stratégie indienne.
La situation varie considérablement d’un État à l’autre. Goa, Pondichéry et le Kerala affichent les taux de prévalence les plus élevés, avec respectivement 26,4 %, 26,3 % et 25,5 % de la population atteinte. À l’inverse, le Rajasthan et le Bihar présentent des taux plus faibles, autour de 10 % et 4,3 % respectivement. Cependant, une prévalence plus faible ne signifie pas nécessairement un risque moindre, mais peut refléter un sous-diagnostic ou un retard dans l’urbanisation.
Un autre facteur préoccupant est l’écart en matière de sensibilisation et de contrôle de la maladie. Dans l’État de Meghalaya, seulement 14 % de la population est consciente de son état, contre plus de 50 % au Telangana. De nombreux patients ignorent donc leur condition, et parmi ceux qui sont diagnostiqués, peu parviennent à stabiliser leur glycémie.
Les experts notent également une tendance à une apparition plus précoce du diabète, une augmentation du prédiabète, une proportion plus élevée de graisse viscérale même chez les personnes d’indice de masse corporelle (IMC) normal, et l’impact croissant de facteurs environnementaux tels que la pollution atmosphérique, récemment associée à un risque accru de diabète.
Pour l’avenir, une approche de « prévention de précision » s’avère essentielle. Elle doit s’appuyer sur des données génétiques et métaboliques spécifiques à la population indienne, plutôt que sur des modèles occidentaux importés. Le phénotype indien, caractérisé par une morphologie « mince et grasse », nécessite des recommandations nutritionnelles et d’exercice physique adaptées.
La technologie jouera un rôle central dans cette nouvelle approche. La surveillance à distance, les modèles prédictifs basés sur l’intelligence artificielle, les dispositifs portables et le suivi continu de la glycémie pourraient permettre de passer d’une prise en charge épisodique à un accompagnement personnalisé et continu. L’intégration de ces outils numériques aux réseaux de santé publique pourrait transformer la gestion des maladies chroniques en Inde.
Il est également crucial d’adopter une approche globale, prenant en compte l’ensemble du cycle de vie. La prévention et la prise en charge du diabète doivent débuter dès l’enfance, en passant par l’adolescence, les années de procréation, la vie active et la vieillesse. Les politiques publiques doivent s’étendre au-delà des hôpitaux, en intégrant l’aménagement urbain, les systèmes alimentaires, les programmes scolaires, le bien-être en entreprise et les modèles d’assurance.
Enfin, l’Inde doit considérer le diabète comme faisant partie d’un ensemble plus large de maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires, les maladies rénales et les troubles de la santé mentale. Une approche intégrée permettra d’optimiser les ressources et d’améliorer la prise en charge des patients.
Pour mesurer l’efficacité des actions mises en œuvre, il est nécessaire d’investir dans des indicateurs pertinents, tels que le délai de diagnostic, les taux de complications, la productivité de la main-d’œuvre et la qualité de vie des patients. Les États les plus touchés, comme le Kerala, Goa et Pondichéry, doivent se concentrer sur la prévention des complications, les cliniques intégrées et la surveillance numérique. Les États moins touchés, comme le Bihar et le Rajasthan, peuvent quant à eux saisir l’opportunité de mettre en place des programmes de dépistage précoce et d’interventions sur le mode de vie.
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