Publié le 24 octobre 2024. De plus en plus de femmes nigérianes choisissent de préserver leur fertilité en congelant leurs ovocytes, une pratique autrefois réservée à des situations médicales spécifiques, mais qui devient aujourd’hui un moyen de concilier ambitions personnelles et projets de maternité.
- La congélation des ovocytes, ou cryoconservation des ovocytes, permet aux femmes de différer leur projet de maternité sans craindre une baisse significative de leur fertilité.
- Cette option, bien que coûteuse, est perçue par de nombreuses femmes comme un investissement à long terme et un moyen de reprendre le contrôle de leur avenir reproductif.
- Les cliniques de fertilité au Nigeria observent une demande croissante pour cette procédure, notamment chez les jeunes femmes actives professionnellement.
Jusqu’à récemment, le temps était considéré comme l’ennemi juré de la fertilité féminine. L’idée que les chances de concevoir diminuaient drastiquement après 35 ans pesait lourdement sur les femmes, les confrontant à un dilemme : choisir entre leur carrière, leur stabilité financière ou trouver le partenaire idéal, et la maternité. Mais cette contrainte s’estompe avec l’essor de la congélation des ovocytes, une technique de cryoconservation qui transforme le discours et offre aux femmes une nouvelle forme de pouvoir : celui de déjouer l’horloge biologique.
Au Nigeria, cette tendance se confirme. Des femmes de Lagos, Asaba, Abuja et Port Harcourt se rendent dans les cliniques de fertilité, non pas parce qu’elles sont prêtes à devenir mères immédiatement, mais parce qu’elles souhaitent se donner la possibilité d’en avoir, un jour. Pour beaucoup, la préservation de la fertilité est synonyme de liberté.
Shade, une entrepreneure nigériane, témoigne de cette nouvelle approche. Après avoir consacré douze années à construire sa carrière, elle a ressenti le besoin de se prémunir contre l’incertitude de l’avenir. Elle ne voulait pas se précipiter dans une maternité dictée par des impératifs biologiques. Elle a donc choisi de congeler ses ovocytes, une décision qu’elle considère comme un moyen de reprendre le contrôle de son destin.
« C’était ma façon de prendre le contrôle. »
Shade, entrepreneure
Son histoire n’est plus isolée. La prise de conscience de la fertilité et l’acceptation sociale de la congélation des ovocytes sont en constante augmentation. Les cliniques privées de fertilité proposent désormais des forfaits de cryoconservation, bien qu’ils restent onéreux. Les femmes y voient de plus en plus un investissement à long terme, leur permettant d’aligner leur fertilité sur leurs aspirations et non sur l’urgence du temps qui passe.
La technique de congélation des ovocytes, ou cryoconservation des ovocytes, consiste à stimuler les ovaires pour produire plusieurs ovules, à les récupérer par une procédure mini-invasive, puis à les congeler rapidement grâce à la vitrification. Ce processus de refroidissement rapide empêche la formation de cristaux de glace, préservant ainsi l’intégrité des ovocytes. Ils sont ensuite conservés à des températures extrêmement basses, jusqu’à -196°C, où toute activité cellulaire est suspendue. Ces ovocytes peuvent rester viables pendant des années, voire des décennies, sans subir de dommages. Lorsqu’une femme est prête à concevoir, les ovocytes sont décongelés, fécondés in vitro (FIV) et implantés.
La vitrification représente une avancée majeure en matière de procréation assistée. Si les ovocytes sont congelés au début de la trentaine, les chances de grossesse sont similaires à celles d’une femme qui essaie de concevoir à cet âge. Les implications sont considérables : le compromis traditionnel entre l’épanouissement professionnel et la maternité n’est plus une fatalité. Les femmes peuvent se concentrer sur leur carrière, leurs études ou leur développement personnel sans la pression constante de la baisse de leur fertilité.
La congélation des ovocytes apporte un soulagement émotionnel et permet de réduire l’anxiété liée au temps qui passe. Cependant, il ne s’agit pas d’une solution miracle. Plusieurs cycles peuvent être nécessaires pour obtenir un nombre suffisant d’ovocytes viables, et le succès de la congélation dépend de l’âge, de la qualité des ovocytes et du nombre d’ovocytes récupérés. Les médecins recommandent généralement de congeler les ovocytes avant l’âge de 35 ans, idéalement entre 30 et 33 ans, lorsque la qualité et la quantité des ovocytes sont optimales.
Pourtant, c’est souvent à cet âge que les femmes sont les moins susceptibles de penser à la maternité ou de disposer des ressources financières nécessaires. Néanmoins, le choix est désormais entre leurs mains. Alors que pendant des siècles, le calendrier reproductif des femmes était dicté par la nature, le mariage ou les attentes sociales, la technologie réécrit aujourd’hui ce récit.
Anikeade, 36 ans, entrepreneure, décrit son expérience comme à la fois stimulante et introspective. Voir l’image de ses ovocytes congelés lui a procuré un sentiment de fierté, mais aussi une certaine tristesse, consciente qu’elle mettait un rêve en suspens, et non seulement un ovocyte.
« Le processus de congélation de mes ovocytes m’a amenée à réfléchir profondément sur ce que je voulais de la vie. »
Anikeade, entrepreneure
Il est important de rester réaliste : la congélation des ovocytes ne garantit pas une grossesse. En moyenne, entre 50 et 70 % des ovocytes congelés-décongelés sont capables d’être fécondés avec succès, et les taux de naissance vivante varient en fonction de facteurs individuels. Cependant, grâce aux progrès constants de la cryotechnologie, ces chiffres s’améliorent chaque année.
Au-delà de la biologie, la congélation des ovocytes redéfinit subtilement la dynamique de genre. Les femmes peuvent désormais dissocier leur fertilité du temps qui passe. Elles n’ont plus à choisir entre leur carrière et leur famille. La salle de réunion et la crèche ne sont plus des mondes opposés. Elles peuvent construire les deux à leur propre rythme. Pour beaucoup, cette technologie représente un progrès. Il ne s’agit pas d’éviter la maternité, mais de la reprendre en main, selon leurs propres conditions.
La congélation des ovocytes n’est pas une solution universelle, mais elle représente un changement profond : de la biologie comme destin à la biologie comme choix. Pour la première fois, le temps lui-même devient négociable, et cela change tout.
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