Le sommet du G20, tenu pour la première fois sur le continent africain, a révélé des fissures profondes dans l’ordre mondial, exacerbées par l’isolement croissant des États-Unis et l’émergence de nouvelles dynamiques géopolitiques. Alors que le multilatéralisme est remis en question, des pays comme le Canada cherchent à forger de nouvelles alliances pour assurer leur prospérité et leur sécurité.
L’ambiance était lourde d’incertitudes, comme l’a souligné le président français Emmanuel Macron à l’ouverture des discussions : « Nous avons du mal à résoudre ensemble les crises majeures autour de cette table. » Il a même suggéré que le G20 pourrait être à la fin d’un cycle, un sentiment partagé par plusieurs participants face aux tensions croissantes.
L’ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, désormais Premier ministre, a pointé du doigt l’attitude des États-Unis et de son président Donald Trump comme étant au cœur de ce délitement. La guerre commerciale lancée par Trump contre de nombreux pays, combinée à son approche pragmatique des conflits internationaux, notamment en Ukraine, a poussé les membres du G20 à privilégier la sécurité économique à l’intégration.
Même la Chine, souvent accusée de déstabiliser l’équilibre mondial, a exprimé ses préoccupations. Le Premier ministre chinois Li Qiang, représentant le président Xi Jinping, a déclaré : « L’unilatéralisme et le protectionnisme sont répandus. Beaucoup se demandent ce qui arrive à la solidarité mondiale. »
L’absence remarquée de représentants américains au sommet, un boycott pur et simple initié par Donald Trump, a mis à l’épreuve l’unité du groupe. Pourtant, paradoxalement, cette absence a renforcé la cohésion entre les nations présentes, comme l’a souligné la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand : « L’une des forces du G20 réside dans les conversations et les décisions, formelles et informelles, qui sont prises entre les dirigeants. » Elle a également mis en avant l’adoption d’une déclaration de consensus dès le début du sommet.
La crise ukrainienne a également été au centre des discussions. Face à un plan de paix proposé par Trump, jugé trop favorable à la Russie par les alliés de Kiev, une douzaine de pays, dont le Canada, le Royaume-Uni, le Japon, la France et l’Allemagne, se sont réunis pour réaffirmer leur position. Ils ont publié une déclaration commune soulignant que les frontières ne doivent pas être modifiées par la force et exprimant leur inquiétude quant à la réduction des forces armées ukrainiennes.
Ce contexte de tensions croissantes pousse le Canada à diversifier ses partenariats. Mark Carney a annoncé une série d’accords et de négociations commerciales, notamment un investissement de 90 milliards de dollars (environ 66 milliards d’euros) des Émirats arabes unis dans l’économie canadienne, dont 23 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros) seront alloués à des projets spécifiques. Des négociations pour un nouvel accord d’investissement avec l’Afrique du Sud sont également en cours, ainsi que le lancement de discussions pour un accord commercial avec l’Inde.
Le Premier ministre Carney a également cherché à établir des liens entre les blocs commerciaux du Pacifique et l’Union européenne, estimant que cette collaboration pourrait stimuler le commerce, l’investissement et les partenariats dans des domaines clés tels que l’intelligence artificielle et l’énergie. « Relier ces deux plus grands blocs commerciaux, représentant plus d’un milliard de personnes, permettra d’élargir le commerce, de catalyser les investissements et d’accroître les partenariats dans divers domaines », a-t-il affirmé.
Alors que les États-Unis devraient assumer la présidence du G20 dans un avenir proche, avec Donald Trump à la tête, il est probable que la taille du groupe et son ordre du jour soient réduits. Cependant, les présidences du Royaume-Uni et de la Corée du Sud en 2027 et 2028 laissent entrevoir une certaine continuité à court terme.
Mark Carney a conclu en soulignant un changement profond dans l’économie mondiale : « Nous ne vivons pas une transition, mais une rupture. » Il a appelé à une nouvelle approche, basée sur une « diffusion d’énergie et d’influence », et à l’émergence de nouveaux rôles pour les puissances moyennes comme le Canada dans un monde en mutation.
« La nostalgie n’est pas une stratégie. Nous ne pouvons pas reconstruire le monde. Nous construisons quelque chose de mieux. »
Mark Carney, Premier ministre du Canada
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