Publié le 25 novembre 2025 à 21h45. L’Asie du Sud-Est s’impose comme un nouveau pôle industriel majeur, attirant les investissements et remodelant les chaînes d’approvisionnement mondiales face aux tensions géopolitiques et à la recherche de résilience. Une étude de Roland Berger met en lumière cette transformation profonde.
- L’Asie du Sud-Est attire 226,3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) et génère 88,5 milliards de dollars d’investissements directs à l’étranger.
- Les entreprises privilégient désormais la sécurité et la résilience des chaînes d’approvisionnement plutôt que la simple efficacité.
- L’Indonésie et les Philippines se positionnent comme fournisseurs clés de minéraux, tandis que la Thaïlande renforce ses capacités dans l’assemblage de véhicules électriques.
Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont en pleine mutation, passant d’un modèle globalisé et centralisé à un paysage multipolaire axé sur l’autonomie régionale. Cette réorganisation est accentuée par les tensions géopolitiques et la volonté des entreprises de sécuriser leurs approvisionnements. Selon une étude récente de Roland Berger, l’Asie du Sud-Est est au cœur de ce changement, passant progressivement du statut d’« atelier du monde » à celui d’un écosystème industriel complet.
L’analyse du cabinet de conseil révèle un basculement des priorités : la recherche de l’efficacité à tout prix cède la place à la garantie de la sécurité et de la résilience des chaînes d’approvisionnement. L’Asie, en particulier l’Asie du Sud-Est, est en train de s’imposer comme un acteur dominant, dépassant une concurrence fragmentée pour une approche plus collaborative et intégrée.
La Thaïlande, le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour sont les principaux bénéficiaires de cette tendance. À mesure que les coûts de production augmentent en Chine, les entreprises délocalisent leurs activités vers ces pays, attirées par des coûts de main-d’œuvre plus faibles et un environnement favorable aux investissements.
L’Indonésie et les Philippines, riches en ressources minérales, se positionnent comme des fournisseurs essentiels pour les industries de pointe. La Malaisie et le Vietnam se spécialisent dans l’électronique intermédiaire, tandis que la Thaïlande renforce ses capacités dans l’assemblage de véhicules électriques. Cependant, la région doit encore surmonter des défis en matière d’infrastructures, de formation et d’accès à l’énergie pour exploiter pleinement son potentiel.
« Les entreprises ne peuvent plus s’appuyer sur un modèle mondial unique. Le véritable avantage réside dans leur capacité à s’adapter au nouveau paysage multipolaire. »
Masashi Onozuka, associé chez Roland Berger basé à Tokyo
L’Asie du Sud-Est a déjà attiré 226,3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) et généré 88,5 milliards de dollars d’investissements directs à l’étranger. La majorité de ces investissements restent dans la région ou se dirigent vers la Chine, l’Indonésie étant un bénéficiaire clé.
Les vastes réserves de ressources naturelles de l’Asie du Sud-Est constituent un atout stratégique majeur. Les importantes réserves de nickel de l’Indonésie et des Philippines pourraient notamment faire de la région un leader mondial dans la production de cellules de batteries, un secteur en pleine croissance avec l’essor des véhicules électriques. La Chine, avec des entreprises comme BYD, est déjà un acteur majeur dans ce domaine.
Cependant, la modernisation de l’Asie du Sud-Est n’est pas sans obstacles. La région a développé son système industriel plus tardivement que l’Occident, ce qui a entraîné une concurrence accrue et une surcapacité industrielle chronique. Plusieurs grandes économies asiatiques, dont le Japon, la Corée du Sud et la Thaïlande, fonctionnent actuellement avec une utilisation de leur capacité industrielle inférieure à 80 %, ce qui témoigne d’une offre excédentaire persistante.
Pour réussir cette transition, les multinationales doivent construire des chaînes d’approvisionnement à la fois efficaces, résilientes, numériques et durables. Cela implique de diversifier leurs sources d’approvisionnement, de renforcer la collaboration entre les différents acteurs de la région et de s’engager dans une démarche de développement durable.
Selon le rapport de Roland Berger, l’Asie du Sud-Est, bien que confrontée à des défis en matière d’infrastructures, de formation et d’énergie, est en passe de devenir un centre de production intermédiaire essentiel.
« Mais son succès dépendra de la capacité des entreprises à s’implanter avec flexibilité, à intégrer la résilience dès le début et à s’adapter suffisamment rapidement au paysage fragmenté de l’ASEAN pour saisir l’opportunité. »
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