La popularité croissante des soins primaires directs (SPD) se heurte à une réalité économique changeante, menaçant la pérennité de ce modèle pour les patients qui paient directement. L’inflation persistante et la stagnation des salaires mettent à rude épreuve le budget des ménages, rendant l’accès à ces soins plus difficile.
Le SPD, qui propose un accès direct aux médecins en échange d’un abonnement mensuel, est souvent présenté comme une solution pour les médecins épuisés par les contraintes administratives et pour les patients en quête d’une relation plus personnalisée avec leur praticien. Cependant, l’évolution du contexte économique actuel remet en question la viabilité de ce modèle, en particulier pour les classes moyennes.
Le modèle de SPD traditionnel repose sur la capacité des ménages à consacrer entre 70 et 150 dollars (environ 65 à 140 euros) par mois et par adulte à leurs soins primaires. Il y a encore dix ans, cette hypothèse était relativement sûre. Mais en 2025, l’inflation, la stagnation des salaires et l’instabilité de l’emploi ont profondément modifié la situation financière des foyers, impactant directement les soins basés sur l’adhésion.
Selon les données du Bureau of Labor Statistics des États-Unis, l’inflation cumulée a atteint environ 18,2 % au cours des quatre dernières années. Face à la hausse du coût de la vie, les consommateurs réduisent leurs dépenses discrétionnaires, et les études en économie comportementale montrent que les soins de santé préventifs sont souvent considérés comme une dépense non essentielle, sauf en cas d’urgence.
Cette situation crée un paradoxe pour le SPD : il s’agit d’un modèle d’abonnement qui se développe à une époque où les consommateurs sont de plus en plus réticents à s’engager dans de nouveaux abonnements. Les ménages, confrontés à l’augmentation des loyers, des primes d’assurance, des prix des produits alimentaires et des frais de garde d’enfants, doivent faire des choix financiers difficiles chaque mois. Même un abonnement modeste peut devenir une charge trop lourde lorsque les priorités évoluent.
Le principal défi du SPD n’est donc plus le marketing ou la sensibilisation des patients, mais bien l’abordabilité dans le contexte économique actuel. Les cliniques de SPD constatent une augmentation des taux de désabonnement, des interruptions d’adhésion, des impayés et des annulations saisonnières, ce qui rend leurs flux de trésorerie imprévisibles.
Si le SPD peut encore prospérer dans les communautés à revenus élevés, où les ménages disposent d’une marge financière suffisante pour maintenir un abonnement mensuel, la situation est plus délicate pour les marchés à revenu intermédiaire.
Une alternative viable réside dans le SPD financé par l’employeur. Contrairement au SPD traditionnel, où l’employeur paie l’adhésion, transférant ainsi la question de l’abordabilité du ménage à l’organisation. Des organisations comme CHI Santé, Santé éternelle et Santé des marathoniens proposent déjà ce type de modèle avec succès.
Le SPD financé par l’employeur présente plusieurs avantages : l’employeur prend en charge les coûts, le taux de désabonnement est plus stable, le suivi et l’analyse des données sont facilités, et les revenus sont plus prévisibles. Ce modèle s’intègre également aux stratégies de santé de la population déjà mises en place par les entreprises.
Il est essentiel de distinguer le SPD traditionnel du SPD financé par l’employeur, car ils reposent sur des hypothèses économiques fondamentalement différentes. Le SPD traditionnel est sensible au revenu des ménages, à l’inflation et aux habitudes de dépenses discrétionnaires, tandis que le SPD financé par l’employeur dépend de la conception des avantages sociaux, de la rotation du personnel et de la structure des contrats.
Pour assurer la pérennité du SPD, il est donc crucial d’adapter le modèle au marché. Le SPD traditionnel fonctionne mieux lorsque les revenus des ménages sont stables, que la tolérance aux dépenses personnelles est élevée, que l’inflation est faible et que le marché dispose d’une base solide de petites entreprises. Le SPD financé par l’employeur, quant à lui, est plus adapté aux entreprises qui souhaitent subventionner ou prendre en charge les adhésions, qui ont besoin de rapports sur la santé de la population et qui disposent d’un effectif suffisamment important pour stabiliser les revenus.
L’avenir du SPD ne dépend pas d’une idéologie, mais de la capacité à comprendre les contraintes économiques et à adapter le modèle en conséquence. Le SPD offre des avantages indéniables en termes de continuité des soins, d’accès et de relation médecin-patient, mais sa durabilité dépendra de la prise en compte de l’abordabilité, de l’élasticité des revenus, de la demande des employeurs et de la segmentation des marchés.
À lire aussi
