L’Espagne est en deuil après le décès d’une fillette de six ans et l’hospitalisation d’une autre de quatre ans, survenu dans des circonstances troublantes suite à des soins dentaires dans une clinique privée d’Alzira. Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de ces drames, qui pourraient être liées à un anesthésiant défectueux ou à une pratique médicale non autorisée.
Les deux enfants avaient consulté le même dentiste dans la matinée du jeudi 20 novembre. L’aînée a reçu des soins pour des caries et l’extraction de dents de lait. Selon la propriétaire de la clinique, un sédatif a été administré par voie intraveineuse pour anesthésier l’enfant, qui aurait quitté le cabinet « en parfaite santé ». Cependant, quelques heures plus tard, les deux fillettes ont été admises en urgence à l’hôpital.
La fillette de six ans a succombé à un arrêt cardiorespiratoire en soirée. L’enfant de quatre ans, hospitalisée plus tôt dans l’après-midi, présentait de la fièvre, des vomissements et une somnolence. Elle a été transférée en soins intensifs pédiatriques à Valence, mais son état n’a pas été communiqué dans le détail.
L’enquête se concentre notamment sur le type de sédation administré et sur un possible lot défectueux d’anesthésiant. La dentiste a confirmé qu’une investigation était en cours à ce sujet. Selon les premiers éléments, la clinique d’Alzira n’était pas habilitée à pratiquer la sédation intraveineuse, ce qui soulève des questions sur la légalité de la procédure.
« Les lots d’anesthésiques sont tracés par les fabricants. Pour se procurer ces produits, les cabinets dentaires doivent les commander sur ordonnance, et chaque lot bénéficie d’une traçabilité complète », explique le Dr Christophe Lequart, dentiste et porte-parole de l’Union française pour la santé bucco-dentaire. Il précise également que l’injection intraveineuse n’est généralement pas pratiquée en cabinet dentaire, mais plutôt en milieu hospitalier, notamment pour des anesthésies générales comme lors d’extractions de dents de sagesse.
« En France, la seule situation où une injection intraveineuse peut être réalisée est celle d’une anesthésie générale, par exemple lors de l’extraction de dents de sagesse. On parle alors de neuroleptanalgésie : il s’agit d’une anesthésie générale mais moins profonde que l’anesthésie classique, ce qui permet un réveil plus rapide », a-t-il ajouté.
Les autorités espagnoles doivent désormais déterminer si la clinique a enfreint les réglementations en vigueur et si l’administration du sédatif a contribué aux graves complications survenues chez les deux fillettes. La pratique pédiatrique est soumise à des règles strictes, l’anesthésie générale étant généralement réservée aux cas de handicap ou de phobie sévère.
« Quoi qu’il en soit, ce type d’injection ne se pratique jamais en cabinet dentaire : il doit obligatoirement être réalisé dans un cadre hospitalier, public ou privé », conclut le Dr Lequart.