Publié le 4 décembre 2025 à 23h05. Une nouvelle étude remet en question les théories sur l’origine de la vie sur Terre, suggérant que des molécules essentielles à son apparition auraient pu se former spontanément dans l’atmosphère primitive, sans nécessiter de conditions biologiques préexistantes.
- Des chercheurs de l’Université du Colorado et de la NASA ont démontré que l’atmosphère de la jeune Terre pouvait produire des molécules à base de soufre, des éléments clés pour le développement de la vie.
- Les expériences ont recréé les conditions atmosphériques de l’époque, révélant la formation d’acides aminés comme la cystéine et la taurine, ainsi que de la coenzyme M, un composé métabolique essentiel.
- Ces découvertes pourraient modifier notre compréhension de la recherche de vie sur d’autres planètes, notamment en ce qui concerne l’interprétation des signaux chimiques détectés par le Télescope spatial James Webb.
La quête des origines de la vie avance souvent par étapes, ponctuées de découvertes inattendues. Depuis des décennies, des scientifiques de diverses disciplines s’efforcent de reconstituer les conditions qui ont permis la transformation de la matière inerte en chimie active, puis l’émergence des premiers organismes vivants. Les récentes études publiées dans les Proceedings of the National Academy of Sciences apportent un nouvel éclairage sur cette question.
Jusqu’à présent, l’hypothèse dominante était que les molécules de soufre n’existaient pas avant l’apparition de la vie. Cependant, les nouvelles expériences menées par les chercheurs ont démontré que la planète elle-même était capable de les produire. Pour tester cette théorie, ils ont recréé l’atmosphère terrestre d’il y a des milliards d’années, en utilisant un mélange de gaz simples tels que le méthane, le dioxyde de carbone, le sulfure d’hydrogène et l’azote, soumis à une énergie similaire à celle du soleil de l’époque.
L’étude a nécessité une instrumentation de pointe.
« Le soufre a tendance à adhérer aux équipements et ses concentrations atmosphériques sont généralement très faibles. Il était donc crucial de disposer d’un spectromètre de masse extrêmement sensible. »
Ellie Browne, auteur principal de l’étude
Cet appareil a permis d’identifier des composés chimiques qui, jusqu’à présent, semblaient impossibles à obtenir en dehors d’un environnement biologique.
Les résultats ont surpris l’équipe de recherche. La simulation a permis la formation d’acides aminés tels que la cystéine et la taurine, ainsi que de la coenzyme M, un élément fondamental dans les processus métaboliques des micro-organismes actuels. La diversité des biomolécules obtenues à partir d’une simple combinaison de gaz atmosphériques, sans organismes vivants et sans chimie complexe, suggère que l’atmosphère primitive avait une capacité de production bien plus importante qu’on ne le pensait.
L’équipe a ensuite estimé la quantité de cystéine que l’atmosphère entière de la planète aurait pu produire. Le calcul a révélé un nombre colossal : suffisamment pour nourrir environ un octillion (1 suivi de 27 zéros) de cellules. Bien que ce chiffre soit inférieur au nombre total de cellules présentes sur Terre aujourd’hui, il représente une quantité abondante pour un écosystème naissant.
Selon Nate Reed, premier auteur de l’étude :
« Cela pourrait être suffisant pour un écosystème mondial émergent, où la vie ne fait que commencer. »
Nate Reed, premier auteur de l’étude
Ces découvertes ont des implications importantes pour la recherche de vie extraterrestre. Lorsqu’il a détecté du sulfure de diméthyle sur l’exoplanète K2-18b, le Télescope spatial James Webb a suscité l’enthousiasme, car cette molécule est généralement associée à l’activité biologique sur Terre. Cependant, des travaux antérieurs de Browne et Reed ont démontré qu’il était possible de générer du sulfure de diméthyle à partir d’une simple combinaison de gaz atmosphériques, prouvant ainsi qu’une planète sans vie pouvait également en produire.
Les nouvelles preuves renforcent cette conclusion. Si l’atmosphère primitive de la Terre était capable de produire des acides aminés et des composés essentiels sans l’aide d’organismes vivants, il est possible que d’autres planètes puissent également le faire, élargissant ainsi les possibilités de trouver des traces de vie au-delà de notre planète.
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