Publié le 5 décembre 2025 à 11h43. Une équipe internationale d’astronomes a découvert une structure cosmique d’une ampleur inédite : un filament galactique de 50 millions d’années-lumière de long qui non seulement organise la matière, mais semble également la faire tourner, remettant en question nos modèles de formation de l’univers.
- Un filament cosmique de 5,5 millions d’années-lumière de long et seulement 117 000 années-lumière de large a été identifié.
- Les galaxies de part et d’autre de ce filament présentent un mouvement cohérent, comme si l’ensemble tournait sur lui-même.
- Cette découverte, rendue possible grâce au radiotélescope MeerKAT, suggère que les filaments cosmiques pourraient jouer un rôle plus actif dans la dynamique galactique qu’on ne le pensait.
L’univers révèle encore ses secrets les plus profonds. Des scientifiques ont mis en évidence un phénomène jusqu’alors inconnu : un immense filament cosmique, véritable pont de galaxies s’étendant sur 50 millions d’années-lumière, qui semble non seulement structurer l’espace, mais aussi imposer un mouvement de rotation à son contenu. Cette découverte, publiée dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, bouleverse notre compréhension de l’architecture du cosmos.
L’observation a été réalisée grâce au radiotélescope MeerKAT en Afrique du Sud, un instrument particulièrement sensible aux émissions d’hydrogène neutre. Combinées aux données optiques des relevés DESI et SDSS, ces observations ont permis de cartographier avec une précision inédite un filament exceptionnellement fin : environ 5,5 millions d’années-lumière de long pour seulement 117 000 années-lumière de large. Ce filament, comparable à une « épine galactique », traverse un filament cosmique majeur.
La surprise est venue de l’analyse du mouvement des galaxies qu’il contient. Les galaxies situées d’un côté du filament s’éloignent, tandis que celles de l’autre côté se rapprochent, exactement comme on pourrait s’y attendre si l’ensemble tournait. Cette cohérence est particulièrement déconcertante, car les modèles actuels prédisent une orientation chaotique de la rotation galactique. Une part significative des galaxies observées tourne même dans le même sens que le filament géant qui les entoure.
« On peut comparer cela aux tasses tournantes dans un parc d’attractions. Chaque galaxie est une tasse tournante, mais la plateforme entière, le filament cosmique, tourne également. »
Lyla Jung, chercheuse à Oxford
Cette « double rotation » suggère que les galaxies ne génèrent pas leur mouvement de manière isolée, mais pourraient en recevoir une partie de structures plus vastes. En d’autres termes, les filaments cosmiques ne se contentent pas d’organiser la matière, ils pourraient également lui communiquer son mouvement. Cette hypothèse remet en question les simulations cosmologiques les plus établies et suggère que, dans l’univers primitif, les filaments étaient capables d’influencer plus activement la dynamique des galaxies.
La composition des galaxies au sein de ce filament renforce cette idée. Elles sont toutes riches en hydrogène, l’élément essentiel à la formation de nouvelles étoiles. Cela indique que le filament est une structure relativement jeune, peu perturbée, qui conserve des informations précieuses sur les premiers stades de l’évolution cosmique. Madalina Tudorache, co-auteure de l’étude, le décrit comme un « enregistrement fossile » qui permet de reconstituer l’histoire de la rotation et de la croissance des galaxies.
La découverte a été rendue possible par la capacité unique de MeerKAT à observer de grandes structures diffuses, quasiment invisibles pour d’autres instruments. Le radiotélescope a capturé un mouvement collectif à l’échelle cosmique, si massif qu’il s’agit probablement du plus grand objet en rotation jamais identifié. MeerKAT est conçu pour détecter les émissions d’hydrogène neutre avec une sensibilité sans précédent, permettant ainsi de reconstruire la géométrie des filaments et la rotation de chaque galaxie.
Cette torsion cosmique soulève de nombreuses questions : où a débuté cette rotation ? À quel moment de l’histoire de l’univers a-t-elle été générée ? Dans quelle mesure la toile cosmique influence-t-elle la dynamique de chaque galaxie ? Cette découverte ouvre une nouvelle ère de recherche, où la rotation cosmique pourrait devenir une propriété fondamentale des plus grandes structures de l’univers. Peut-être le cosmos n’est-il pas une carte statique de nœuds et de filaments, mais une gigantesque machine en mouvement, dont les pièces tournent à toutes les échelles, des étoiles aux mégafilaments qui dépassent notre imagination.
Et si ce titan en rotation n’était que le premier que nous pouvons observer… combien d’autres se cachent encore dans les ténèbres de l’univers ?
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