Le secret d’une longue vie en bonne santé pourrait résider moins dans l’absence de maladies que dans une capacité exceptionnelle à les gérer et à maintenir un équilibre physiologique. Une étude suédoise révèle que les centenaires présentent une accumulation de maladies plus lente et une stabilité de leur état de santé dans leurs dernières années, remettant en question les conceptions traditionnelles du vieillissement.
Les chercheurs du Karolinska Institutet ont analysé les données de santé de 274 000 Suédois nés entre 1920 et 1922. Ils ont constaté que ceux qui ont atteint ou dépassé l’âge de 100 ans accumulaient les maladies beaucoup moins rapidement que leurs pairs décédés plus tôt. À 85 ans, les centenaires avaient en moyenne seulement 1,2 maladie diagnostiquée, contre 2,4 pour ceux qui sont décédés à 90 ans.
Ce vieillissement modéré se traduit par une particularité notable : l’état de santé des centenaires tend à se stabiliser au cours des dix dernières années de leur vie. Alors que l’accumulation de maladies est généralement continue jusqu’au décès, ce n’est pas le cas chez les centenaires, dont l’organisme semble mieux résister aux effets du temps.
Si les affections cardiovasculaires restent les plus fréquentes à tous les âges, elles représentent une part moins importante du profil médical des centenaires. À 70 ans, elles constituaient 24,8 % de leur charge pathologique, contre plus de 50 % chez ceux décédés à 75 ans. De manière surprenante, les troubles neuropsychiatriques, tels que la dépression ou la démence, sont également moins fréquents chez les personnes qui atteignent un âge exceptionnellement avancé, ce qui pourrait contribuer à leur longévité.
Selon la chercheuse Karin Modig, à l’origine de l’étude suédoise, cette longévité exceptionnelle ne se limite pas à l’absence de maladie. Il s’agit plutôt d’un schéma de vieillissement unique, où le corps conserve sa capacité à s’adapter et à maintenir ses fonctions vitales malgré l’usure du temps. « Ce phénomène ne s’explique pas seulement par l’absence de maladie », explique-t-elle. « Il reflète un schéma de vieillissement unique, dans lequel le corps conserve sa capacité à s’adapter et à maintenir ses fonctions malgré l’usure du temps. »
D’autres recherches, notamment une étude de l’Université de Boston publiée dans la revue PNAS, suggèrent que l’optimisme pourrait jouer un rôle protecteur. Les personnes les plus optimistes ont en moyenne 11 à 15 % de chances supplémentaires d’atteindre un âge avancé, et cette tendance se maintient même en tenant compte de facteurs tels que le niveau d’éducation, le statut socio-économique et les habitudes de vie.
L’optimisme ne garantirait pas la santé, mais il pourrait atténuer les effets du stress, favoriser des habitudes de vie saines et avoir un impact positif sur certaines fonctions biologiques. Le sentiment d’avoir un but dans la vie, la capacité à aborder les difficultés avec une attitude positive pourraient être aussi importants pour la longévité que les facteurs génétiques.
Ces découvertes invitent à repenser notre approche du vieillissement. L’étude montre que vivre au-delà de 100 ans ne signifie pas nécessairement dépendance, douleurs chroniques et soins constants. Les centenaires étudiés présentent moins de comorbidités, moins de besoins en soins complexes et une stabilité de leur état de santé dans leurs dernières années.
Les écarts entre centenaires et non-centenaires apparaissent dès l’âge de 70 ans, ce qui suggère que la prévention doit commencer bien avant la vieillesse avancée. Adopter une bonne hygiène de vie, renforcer la santé cardiovasculaire, entretenir des relations sociales et préserver la santé mentale pourraient permettre de retarder, voire de limiter, l’apparition de maladies chroniques. Ces résultats, publiés en août 2025 dans eMédecineClinique, pourraient également conduire à des politiques de santé publique axées sur la résilience plutôt que sur la simple gestion des maladies.
Pour aller plus loin
