Renown Health, un système de santé basé à Reno, dans le Nevada, mise sur une approche innovante de l’interopérabilité des données, privilégiant l’orchestration de l’intelligence artificielle à la création de vastes bases de données centralisées. Cette transformation s’accompagne d’une gouvernance des données renforcée et d’une stratégie de résilience accrue, afin de garantir la continuité des soins et la sécurité des informations.
Chuck Podesta, directeur informatique (CIO) de Renown Health, souligne que l’échange de données de santé entre les différents acteurs reste un défi majeur. « Nous sommes encore loin du niveau de connectivité nécessaire, même si les nouvelles technologies, notamment l’IA, offrent un réel espoir », a-t-il déclaré, notant que les réglementations fédérales et les avancées des fournisseurs contribuent à faire évoluer le secteur.
Selon M. Podesta, les attentes des patients sont un moteur essentiel de ce changement. Ils souhaitent disposer d’un dossier médical complet et accessible, quel que soit l’établissement de santé ou le professionnel consulté. Les systèmes d’échange actuels sont souvent jugés incomplets et fragiles, même lorsque les organisations partagent le même dossier patient électronique (DPE). L’objectif est donc de proposer une expérience unifiée, sans que les patients ou les professionnels de santé aient à reconstituer eux-mêmes les informations.
Renown Health explore deux approches stratégiques en matière de gestion des données. La première consiste à consolider les informations provenant du DPE, des systèmes de gestion d’entreprise (ERP) et d’autres sources dans des plateformes centralisées, telles que des entrepôts de données ou des environnements cloud analytiques. Bien que cette méthode puisse fournir des tableaux de bord opérationnels fiables et soutenir la recherche, elle est coûteuse et peu flexible.
L’organisation se tourne de plus en plus vers une seconde voie : laisser les données à leur emplacement d’origine et utiliser des agents intelligents basés sur l’IA pour les récupérer à la demande. « L’IA d’orchestration permet d’accéder aux données sans les déplacer, ce qui peut être plus rapide et moins coûteux, à condition que la gouvernance soit solide », explique M. Podesta. Dans ce modèle, les normes et les interfaces de programmation d’applications (API) restent importantes, mais l’accent est mis sur la sécurisation de l’accès, la traçabilité et l’auditabilité directement à la source, plutôt que sur la copie répétée des données.
Pour accélérer cette transformation, Renown Health prévoit de lancer un centre d’innovation en IA. Ce centre se concentrera sur l’évaluation des capacités intégrées au DPE, l’application de la gouvernance des données et de l’IA, et la promotion d’outils de productivité pour l’ensemble du personnel. À court terme, l’objectif est d’automatiser les tâches administratives répétitives dans tous les services, afin de libérer du temps pour les professionnels de santé.
M. Podesta insiste sur l’importance de l’implication des employés de terrain dans ce processus. « Identifiez les tâches routinières que vous effectuez et cherchez comment les automatiser, non pas pour vous remplacer, mais pour vous permettre de vous concentrer sur les activités à haute valeur ajoutée », a-t-il déclaré. Des analyses internes ont révélé un intérêt marqué pour les outils d’IA générative, avec des milliers d’interactions du personnel avec des systèmes publics, ce qui a incité Renown Health à acquérir des licences d’entreprise et à mettre en place des mesures de sécurité pour protéger les informations sensibles.
L’organisation compte également sur des « ambassadeurs » internes – cliniciens, analystes et opérateurs – qui maîtrisent l’art de formuler des requêtes efficaces, de créer des flux de travail simplifiés et de former leurs collègues. En regroupant ces experts au sein d’un programme structuré, Renown Health espère accélérer la diffusion des bonnes pratiques et éviter de recourir à des consultants externes ou à des développements sur mesure coûteux.
Parallèlement à l’essor de l’IA, M. Podesta souligne la nécessité d’améliorer la résilience des systèmes d’information. Il anticipe une évolution de la posture de sécurité, passant de la simple détection et réponse aux incidents à des capacités de récupération éprouvées, garantissant la disponibilité des systèmes cliniques et commerciaux même en cas de perturbation. Les récentes interruptions de service à grande échelle ont mis en évidence les risques liés à la concentration des données dans un seul fournisseur de cloud et la nécessité de prévoir des mécanismes de basculement entre différents clouds et entre les infrastructures cloud et sur site.
M. Podesta met en avant les contraintes financières auxquelles sont confrontés les établissements de santé de taille moyenne et communautaire : des interruptions prolongées peuvent entraîner des pertes de revenus importantes, un risque accru de détournement de données et une perte de patients à long terme. Il estime que ces enjeux rendent indispensables les simulations de crise et les tests de basculement en conditions réelles, non pas comme des obligations réglementaires, mais comme des exercices opérationnels réguliers permettant d’identifier les vulnérabilités des systèmes d’identité, de stockage, de réseau et d’applications avant qu’un attaquant ne les exploite.
La qualité des données est également un élément clé de la résilience. Des architectures tolérantes aux pannes sont nécessaires, mais insuffisantes si les données d’entrée ne sont pas fiables. M. Podesta met en garde contre les organisations qui se lancent dans des projets d’IA avancée sans mettre en place une gouvernance rigoureuse des données, car elles risquent d’obtenir des résultats erronés et de gaspiller leurs investissements. Des études montrent que les initiatives d’IA générative ont un taux d’échec élevé lorsque le travail sur les données fondamentales est négligé, un risque qui devient inacceptable à mesure que les projets se rapprochent d’applications diagnostiques ou préscriptives.
Chuck Podesta présentera ses réflexions lors du forum d’automne de CHIME, le 12 novembre, dans le cadre d’une présentation intitulée « Du chaos à la clarté : façonner l’avenir de l’intelligence interopérable » (9h30).
À lire aussi
