Publié le 24 septembre 2025. Une analyse récente suggère que les femmes atteintes d’un cancer urothélial métastatique pourraient bénéficier moins qu’elles ne le devraient du traitement par enfortumab vedotin (EV), un anticorps-médicament conjugué, en raison de différences biologiques liées au sexe.
- La survie globale des femmes traitées par EV est significativement plus courte que celle des hommes (7,7 mois contre 13,6 mois).
- L’expression de la protéine NECTIN-4, cible de l’EV, est plus faible chez les femmes, potentiellement liée à des sous-types moléculaires spécifiques et à l’influence du tabagisme sur les niveaux d’œstrogènes.
- Ces résultats soulignent la nécessité d’évaluer les différences d’efficacité et de toxicité liées au sexe dans les essais cliniques futurs sur les traitements par anticorps-médicament conjugués.
Des recherches antérieures avaient laissé entrevoir un possible impact du sexe sur la réponse à l’enfortumab vedotin (EV). Pour confirmer ces observations, une équipe du Royal Marsden Hospital de Londres, dirigée par le Tarek Taha, a mené une analyse approfondie de données réelles issues de l’étude rétrospective ARON2-EV. Les chercheurs ont examiné les données de 454 patients atteints d’un cancer urothélial métastatique, traités par EV entre 2016 et 2024.
Les résultats de cette analyse ont révélé une disparité significative en termes de survie globale. Les femmes traitées par EV ont présenté une survie globale moyenne de 7,7 mois, contre 13,6 mois pour les hommes (P < 0,001). Cette différence persistait même après ajustement statistique pour tenir compte de facteurs tels que l'état général des patients (mesuré par l'échelle ECOG), l'histologie du cancer, le statut tabagique et les traitements antérieurs.
Au-delà de la survie globale, les données ont également montré que les hommes bénéficiaient d’une durée de traitement plus longue avec l’EV (13,3 mois contre 7,4 mois chez les femmes ; P < 0,001). Les chercheurs émettent l'hypothèse que cette différence pourrait être liée à une expression plus faible de NECTIN-4 chez les femmes. Cette protéine est la cible de l'enfortumab vedotin, et une expression plus faible pourrait réduire l'efficacité du médicament.
Pour étayer cette hypothèse, l’équipe a analysé des données provenant du Cancer Genome Atlas (TCGA) concernant des patients atteints de cancer urothélial T2-T4a. Ces analyses ont confirmé que l’expression de NECTIN-4 était significativement plus élevée chez les hommes que chez les femmes (P < 0,001). De plus, les femmes étaient plus susceptibles de présenter une histologie basale, un sous-type de cancer urothélial caractérisé par une expression plus faible de NECTIN-4 par rapport à l'histologie luminale.
« Ces résultats suggèrent que les différences fondées sur le sexe pourraient justifier d’être prises en compte dans la pratique clinique. Alors que les ADC continuent d’émerger en tant que nouvelle classe thérapeutique, cet exemple souligne l’importance d’évaluer les différences d’efficacité et de toxicité liées au sexe dans les essais futurs. »
Tarek Taha, Royal Marsden Hospital
Cette étude, présentée au congrès 2025 de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), met en évidence la complexité de la réponse aux traitements anticancéreux et la nécessité d’une approche personnalisée, tenant compte des spécificités biologiques liées au sexe.
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