Un univers visuel somptueux et une ambition narrative inspirée des Mille et Une Nuits ne suffisent pas à sauver « 100 Nuits de Hero », le nouveau film de Julia Jackman, d’un récit qui s’essouffle et peine à trouver son souffle.
L’intrigue se déroule dans un royaume onirique où Cherry (Maika Monroe), une jeune femme, est laissée seule par son mari, Jérôme (Amir El-Masry), pendant 100 jours, dans le cadre d’un étrange « test » de fidélité. Isolé dans un domaine opulent, Cherry trouve en Hero (Emma Corrin), sa fidèle servante, une confidente dont l’intelligence et la sensibilité comblent le vide laissé par l’absence de son époux. Leur relation se développe, tissant des liens tendres et interdits qui constituent le cœur émotionnel du film.
L’arrivée de Manfred (Nicholas Galitzine), un ami de Jérôme au charme séduisant et aux motivations obscures, vient perturber cet équilibre. Ce qui débute comme un triangle amoureux classique se mue rapidement en une exploration plus vaste des thèmes du désir, de la liberté et du contrôle exercé sur la vie des femmes. Dans sa première partie, le film pose les jalons avec assurance. Les dynamiques de séduction, de manipulation, de désir et de rapports de force sont captivantes, portées par des interprétations initialement synchronisées. Monroe et Galitzine dégagent une étincelle dans ce décor de romance fantastique, leurs scènes chargées de suspicion et de désir, tandis que la présence discrète et intense de Corrin apporte un contrepoint essentiel.
Cependant, au fur et à mesure que l’histoire progresse, le récit perd de sa cohérence. La richesse visuelle, qui avait initialement captivé, ne parvient plus à soutenir le poids de l’intrigue. Les scènes s’enchaînent sans approfondir les enjeux, les motivations s’estompent et les émotions s’émoussent. La relation entre Cherry et Manfred, autrefois au centre de l’histoire, semble négligée, comme un jardin abandonné à son sort. Les performances, elles aussi, en pâtissent, laissant les acteurs désemparés.
Jackman introduit des contes enchâssés inspirés des Mille et Une Nuits, des récits brefs destinés à élargir l’univers du film et à commenter le rôle des femmes dans les systèmes qui les oppriment. Charli XCX y fait un caméo stylisé, mais sa présence reste superficielle et déconnectée de l’émotion centrale du film. Ces segments ajoutent une texture visuelle, mais semblent mal intégrés et sous-exploités, distrayant plutôt que d’enrichir le récit principal. Pour qu’ils soient réellement efficaces, ces contes auraient dû être plus énergiques et constituer une arme secrète, et non une simple réflexion après coup.
Malgré une distribution prestigieuse, peu d’interprétations parviennent à marquer les esprits. Maika Monroe, habituellement magnétique, apparaît ici peu investie. Nicholas Galitzine oscille entre séducteur et manipulateur sans parvenir à trouver une direction claire. Jones et Charli XCX sont amusants à apercevoir, mais leur apparition est trop brève pour avoir un impact significatif. Seule Emma Corrin parvient à maintenir une présence constante, incarnant Hero avec une justesse et une intelligence émotionnelle remarquables. Même elle, cependant, semble parfois incertaine quant aux intentions globales du film, comme si elle jouait dans une histoire qui n’avait pas encore trouvé sa voie.
Au final, « 100 Nuits de Hero » peine à concilier son univers visuel enchanteur et son architecture narrative ambitieuse avec un récit qui finit par s’essouffler. Ce qui débute comme une réinterprétation luxuriante et imaginative des Mille et Une Nuits se conclut sur une note douce et anticlimatique. Le film impressionne par son artisanat et la richesse de son concept, mais il laisse trop souvent ses acteurs sur le flanc et son histoire en suspens, offrant une expérience indéniablement belle à regarder, mais émotionnellement incomplète.