Home SantéLes infections cachées peuvent jouer un rôle clé dans l’apparition de longs symptômes du COVID

Les infections cachées peuvent jouer un rôle clé dans l’apparition de longs symptômes du COVID

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des millions de personnes souffrant de symptômes persistants après avoir contracté le Covid-19 pourraient voir l’origine de leur mal résider non pas dans le virus lui-même, mais dans des infections concomitantes ou antérieures, selon une nouvelle analyse menée par des experts en microbiologie.

  • Une revue scientifique suggère que des co-infections, comme le virus d’Epstein-Barr (responsable de la mononucléose) ou la tuberculose, pourraient prolonger les symptômes du Covid long.
  • Jusqu’à 400 millions de personnes dans le monde sont touchées par le Covid long, mais il n’existe actuellement aucun traitement spécifique.
  • Les chercheurs appellent à de nouvelles études pour déterminer si des médicaments existants, ciblant ces co-infections, pourraient soulager les patients.

Pour des millions de personnes, l’essoufflement, la fatigue intense et les troubles cognitifs qui persistent après une infection au SARS-CoV-2 représentent un défi médical frustrant. Une équipe de 17 experts, dont des chercheurs de Rutgers Health, propose une nouvelle piste : le rôle potentiel d’autres infections contractées avant ou pendant la phase aiguë de la Covid-19.

Cette hypothèse est étayée par une revue de littérature publiée dans la revue eLife. Selon les auteurs, ces co-infections pourraient être un facteur clé dans la persistance indéfinie des symptômes observés chez de nombreux patients.

« C’est un aspect du Covid long qui est souvent négligé », explique Maria Laura Gennaro, microbiologiste à la Rutgers New Jersey Medical School et responsable du groupe de travail sur la microbiologie pour l’initiative de recherche sur le Covid des National Institutes of Health, un vaste programme d’étude sur le Covid long.

« Tout le monde l’a entendu un million de fois, mais il convient de le répéter : la corrélation n’est pas égale à la causalité. »

Maria Laura Gennaro, microbiologiste

Les symptômes du Covid long, qui peuvent varier d’une simple gêne à un handicap sévère, affectent de nombreux organes, notamment le cerveau, le cœur, les poumons et le système digestif. Malgré l’ampleur du problème, aucun traitement efficace n’a encore été identifié, en raison de la complexité des causes sous-jacentes.

L’étude met particulièrement en lumière le virus d’Epstein-Barr (VEB), l’agent pathogène responsable de la mononucléose infectieuse. Environ 95 % des adultes sont porteurs du VEB sous forme latente, sans manifestation de symptômes, jusqu’à ce qu’un événement perturbateur, comme une infection au Covid-19, réactive le virus.

Une première étude a révélé que les deux tiers des personnes atteintes de Covid long présentaient des signes d’activité récente du VEB, et que celles qui manifestaient le plus de symptômes avaient des taux d’anticorps plus élevés. Des recherches complémentaires ont établi un lien entre la réactivation du VEB et des symptômes spécifiques du Covid long, tels que la fatigue et les troubles cognitifs.

La tuberculose (TB) est également pointée du doigt. Environ un quart de la population mondiale est infecté par une tuberculose latente. Les chercheurs suggèrent que le Covid-19 pourrait affaiblir les cellules immunitaires qui contrôlent normalement la tuberculose, favorisant ainsi sa réactivation. Cette relation est bidirectionnelle : l’infection tuberculeuse pourrait également aggraver les conséquences du Covid-19.

Le moment de la co-infection est crucial, soulignent les chercheurs. Les infections antérieures au Covid-19 pourraient affaiblir le système immunitaire, tandis que les infections survenues pendant la phase aiguë de la maladie pourraient aggraver les lésions tissulaires. Enfin, les infections post-Covid pourraient profiter d’un système immunitaire affaibli.

Les auteurs notent que 44 pays ont enregistré une multiplication par dix du nombre de cas d’au moins 13 maladies infectieuses par rapport aux niveaux pré-pandémiques. Ils évoquent un phénomène de « vol d’immunité », qui se traduit par une vulnérabilité accrue à d’autres infections suite à une infection aiguë au Covid-19.

Si les co-infections s’avèrent effectivement contribuer au Covid long, des traitements existants pourraient être réutilisés. Les antibiotiques et les antiviraux pourraient cibler les infections sous-jacentes, et des essais cliniques permettraient de vérifier si le traitement de co-infections spécifiques soulage les symptômes.

Cependant, les chercheurs reconnaissent les limites de leur analyse. Les associations qu’ils mettent en évidence sont biologiquement plausibles, mais restent spéculatives. Il n’a pas encore été établi de lien de causalité direct entre une co-infection et le développement d’un Covid long.

Les chercheurs espèrent que leurs travaux ouvriront de nouvelles voies de recherche. Pour les millions de personnes vivant avec le Covid long, cette étude ne fournit pas de réponses immédiates, mais elle suggère qu’une approche thérapeutique efficace pourrait nécessiter de dépasser la seule infection au SARS-CoV-2 et de prendre en compte l’ensemble du contexte infectieux du patient.

Source:

Référence du journal :

You may also like

Leave a Comment