Home NouvellesLes primes d’assurance maladie ACA sont sur le point d’augmenter. La faute au GOP.

Les primes d’assurance maladie ACA sont sur le point d’augmenter. La faute au GOP.

by Nicolas Lefèvre

Les primes d’assurance maladie sur les marchés de l’Affordable Care Act (ACA) vont connaître une forte augmentation après l’échec du Congrès américain, jeudi, à adopter un plan pour éviter cette hausse. Des millions d’Américains pourraient se retrouver sans couverture, incapables de faire face à l’augmentation de leurs cotisations.

Jusqu’à 4 millions de personnes pourraient être contraintes d’abandonner leur assurance santé, selon les estimations. Des familles, des entrepreneurs et des retraités se retrouvent face à des choix cornéliens, conséquence de la fin de l’aide gouvernementale dont ils bénéficiaient. Beaucoup expriment leur frustration face à une situation qu’ils estiment être instrumentalisée à des fins politiques.

Une enquête récente révèle que 76 % des personnes assurées via l’ACA et souhaitant le maintien des subventions imputeraient la responsabilité de cet échec au président Donald Trump ou aux Républicains du Congrès. L’opinion publique est globalement du même avis : 48 % des électeurs blâment le Parti républicain, contre 32 % qui pointent du doigt les Démocrates, selon un nouveau sondage de Morning Consult.

Jeudi, le Sénat a rejeté deux propositions concurrentes visant à limiter l’augmentation des primes. La proposition démocrate, qui prévoyait de prolonger les subventions financières de trois ans, n’a pas obtenu les 60 voix nécessaires pour être adoptée (51 voix pour, 48 contre). Tous les sénateurs démocrates et quatre Républicains ont voté en faveur du texte. Le plan républicain, qui consistait à affecter des fonds à des comptes d’épargne santé et à encourager la souscription à des assurances avec des franchises élevées, a également échoué, avec le même résultat (51 voix pour, 48 contre), face à l’opposition unie des Démocrates.

Ces votes ont été organisés suite à un accord entre les deux partis pour mettre fin à la paralysie gouvernementale plus tôt cet automne, à condition que le Sénat se prononce d’ici mi-décembre sur un plan de rétablissement des subventions, dont les détails restaient alors à définir. Les Démocrates avaient insisté pour que la question des aides soit abordée pendant la crise budgétaire, mais les Républicains avaient initialement refusé de négocier et n’ont présenté de proposition concrète que quelques jours avant le vote.

Désormais, les assurés devront faire face à des primes considérablement plus élevées à partir du 1er janvier. À moins que les Démocrates n’acceptent de provoquer une nouvelle crise budgétaire le 30 janvier, date d’expiration du financement actuel, il est peu probable qu’une solution soit trouvée de sitôt.

De nombreux observateurs estiment que les Républicains sont les principaux responsables de cette situation prévisible. L’incapacité du parti à prendre la question de la santé au sérieux pendant des décennies est à l’origine de ces prochaines hausses de tarifs.

Le Parti républicain a longtemps affiché un désintérêt pour la réforme des soins de santé. Lorsque le président Obama a adopté l’Affordable Care Act en 2010, il l’a fait sans le soutien des Républicains, même si certaines des mesures proposées, comme le mandat individuel, étaient issues de réflexions de penseurs conservateurs. Depuis lors, le parti s’est concentré sur le démantèlement de la loi, sans proposer d’alternative viable. Ses promesses répétées d’abroger et de remplacer l’ACA se sont soldées par un échec en 2017. Plus récemment, Donald Trump s’est contenté de présenter « les bases d’un plan » lors de sa campagne présidentielle de 2024.

La Maison Blanche a même esquissé un plan fin novembre, apparemment sans consulter les Républicains du Congrès, qui l’ont rapidement rejeté. Par ailleurs, Trump a minimisé les préoccupations des Américains concernant l’abordabilité des soins de santé, les qualifiant de « canular », tout en prévoyant la construction d’une salle de bal de 300 millions de dollars à la Maison Blanche.

Sur la question spécifique du maintien des subventions de l’ACA, les Républicains ont procrastiné jusqu’à épuisement des options. Ils auraient pu intégrer cette aide dans la loi adoptée cet été, de manière plus acceptable pour les conservateurs. Cependant, la pression des partisans d’une réduction du déficit budgétaire a conduit le parti à aborder la question lors du débat sur cette législation. Ironiquement, la loi adoptée ajoute plus de 3 000 milliards de dollars au déficit, tout en réduisant les dépenses de Medicaid de 1 000 milliards de dollars, une mesure qui pourrait également priver des millions d’Américains de leur couverture santé.

Même les stratèges républicains reconnaissent que les sénateurs du parti se contentaient de faire semblant d’agir. Leur plan HSA était voué à l’échec, et le parti ne s’est unifié autour de lui que deux jours avant le vote. Il ne s’agissait pas d’une tentative sérieuse d’éviter une augmentation massive des cotisations pour des millions d’électeurs.

Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a promis de faire avancer plusieurs projets de loi sur les soins de santé dans les mois à venir, mais les initiés du Congrès restent sceptiques. Le prochain grand plan conservateur en matière de santé, envisagé depuis plus d’une décennie – « juste à temps », selon Jeff Young de Modern Healthcare – est une promesse qui traîne depuis 2013. Et, comme le vote d’aujourd’hui le confirme, les Républicains ne semblent pas plus près de s’unir autour d’un plan concret pour réduire les coûts des soins de santé pour les Américains.

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