Publié le 17 décembre 2025. Une étude internationale majeure, menée en partie par le centre médical universitaire Radboud, démontre que l’augmentation de la dose d’un antibiotique clé ne parvient pas à améliorer le taux de survie des patients atteints de méningite tuberculeuse, une forme particulièrement grave de tuberculose.
- Une dose plus élevée de rifampicine n’améliore pas les chances de survie des patients atteints de méningite tuberculeuse.
- L’étude a été menée en Indonésie, en Ouganda et en Afrique du Sud, avec la participation de 499 adultes.
- De nouvelles recherches se concentrent désormais sur le rôle de l’inflammation dans la progression de la maladie.
Chaque année, près de 11 millions de personnes dans le monde sont touchées par la tuberculose, une maladie infectieuse qui cause la mort d’environ 1,4 million de personnes. La méningite tuberculeuse, une complication rare mais dévastatrice qui survient chez 1 à 2 % des patients, se caractérise par l’atteinte du cerveau par la bactérie Mycobacterium tuberculosis. Malgré les traitements antibiotiques, le taux de mortalité reste élevé, avec environ la moitié des patients décédés ou souffrant de séquelles permanentes telles que la surdité ou la paralysie.
Les chercheurs s’étaient intéressés à la rifampicine, un antibiotique essentiel dans le traitement de la tuberculose. Des études antérieures avaient montré que seule une faible quantité de ce médicament atteignait le cerveau, ce qui pouvait compromettre son efficacité. Certaines recherches préliminaires suggéraient également un lien entre des doses plus élevées de rifampicine et une diminution de la mortalité. Ces observations ont conduit à la mise en place d’une vaste étude internationale pour évaluer l’impact d’une dose accrue de rifampicine sur les chances de survie des patients.
L’étude, menée en Indonésie, en Ouganda et en Afrique du Sud, a impliqué 499 adultes atteints de méningite tuberculeuse. Les participants ont reçu un traitement standard comprenant quatre antibiotiques (isoniazide, rifampicine à 10 mg/kg, pyrazinamide et éthambutol). La moitié du groupe a reçu une dose supplémentaire de rifampicine (jusqu’à 35 mg/kg), tandis que l’autre moitié a reçu un placebo pendant huit semaines. L’âge moyen des patients était de 37 ans, et 60 % d’entre eux étaient séropositifs.
Les résultats, publiés dans le New England Journal of Medicine, n’ont pas confirmé l’hypothèse initiale. L’étude n’a révélé aucun effet bénéfique significatif de la rifampicine à forte dose sur la survie des patients. Au contraire, une tendance à une mortalité accrue a été observée dans certains sous-groupes. Après six mois, 44,6 % des patients ayant reçu la dose élevée étaient décédés, contre 40,7 % dans le groupe témoin.
« La mortalité plus élevée semble survenir principalement dans les premières semaines suivant le diagnostic. C’était bien sûr décevant de constater que cela ne semblait pas être la solution. Ce sont des résultats importants, car nous savons désormais qu’il faut explorer d’autres pistes. C’est ainsi que fonctionne la science. »
Reinout van Crevel, interniste-infectiologue et professeur au centre médical universitaire Radboud
Face à ces résultats inattendus, les chercheurs se concentrent désormais sur l’étude des mécanismes inflammatoires impliqués dans la méningite tuberculeuse. Des analyses de liquides céphalo-rachidiens et de sang ont révélé des niveaux d’inflammation plus élevés chez les patients décédés. Ils suspectent que la protéine TNF (Tumor Necrosis Factor) pourrait jouer un rôle clé dans ce processus, contribuant à la fois à l’élimination des bactéries et à des lésions tissulaires importantes.
Les traitements actuels, combinant antibiotiques et anti-inflammatoires, ne semblent pas suffire à contrôler cette réponse inflammatoire. Les chercheurs envisagent donc de tester l’efficacité d’inhibiteurs du TNF, des médicaments déjà utilisés dans certains cas de méningite tuberculeuse lorsque les corticostéroïdes s’avèrent inefficaces. Une nouvelle étude clinique est prévue pour évaluer l’administration précoce de ces inhibiteurs du TNF, dans l’espoir d’améliorer les chances de survie des patients.

Des recherches complémentaires, menées par Lindsey te Brake, scientifique biomédicale et toxicologue, visent à comprendre pourquoi l’augmentation de la dose de rifampicine n’a pas eu l’effet escompté, en analysant les échantillons de sang et de liquide céphalo-rachidien conservés.