Bruxelles, le 15 mars 2024. Les dirigeants européens ont validé un plan d’aide massif à l’Ukraine, comprenant un prêt de 90 milliards d’euros (106 milliards de dollars) pour soutenir l’économie et l’effort de guerre du pays, tout en renonçant, pour l’instant, à financer ce soutien par les avoirs russes gelés.
- L’Union européenne s’engage à fournir 90 milliards d’euros à l’Ukraine sur les deux prochaines années.
- Le recours aux avoirs russes gelés a été écarté en raison d’obstacles juridiques et de la crainte de représailles.
- La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont exprimé leur opposition au plan, mais n’ont pas bloqué l’accord.
Après près de quatre ans de conflit, l’Ukraine se trouve au bord de la faillite et a un besoin urgent de financement. Le Fonds monétaire international estime ses besoins à 137 milliards d’euros (161 milliards de dollars) pour 2026 et 2027. Face à cette situation critique, les Vingt-sept ont finalement opté pour un emprunt sur les marchés financiers, malgré les espoirs initiaux de mobiliser les 210 milliards d’euros (246 milliards de dollars) d’actifs russes gelés en Europe, principalement en Belgique.
L’idée d’utiliser ces fonds pour un « prêt de réparation » a suscité de vives tensions, notamment avec la Belgique. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a mis en garde contre les risques juridiques et les potentielles représailles russes, soulignant les enjeux pour Euroclear, la chambre de compensation financière basée à Bruxelles qui détient une part importante de ces avoirs. La Banque centrale russe a d’ailleurs lancé une action en justice contre Euroclear la semaine dernière pour tenter d’empêcher l’utilisation de ces fonds.
« Pour moi, le prêt de réparation n’était pas une bonne idée. Lorsque nous avons réexpliqué le texte, il y avait tellement de questions que j’ai dit, je vous l’avais bien dit, je vous l’avais bien dit. Il y a beaucoup de détails en suspens. Et si vous commencez à tirer sur les détails des cordes, la chose s’effondre. »
Bart De Wever, Premier ministre belge
Malgré l’abandon de cette solution, l’Union européenne a réaffirmé son intention d’utiliser les avoirs russes gelés à terme pour rembourser le prêt accordé à l’Ukraine. Le chancelier allemand Friedrich Merz a précisé que ces fonds resteraient bloqués jusqu’à ce que la Russie verse des réparations de guerre à l’Ukraine, estimées par le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy à plus de 600 milliards d’euros (700 milliards de dollars).
L’accord a été salué comme une avancée majeure par plusieurs dirigeants européens. Le président du Conseil de l’UE, António Costa, a déclaré sur les réseaux sociaux : « Nous avons un accord. La décision de fournir 90 milliards d’euros de soutien à l’Ukraine pour 2026-2027 a été approuvée. Nous nous sommes engagés, nous avons tenu nos promesses. » Le président français Emmanuel Macron a estimé que l’emprunt sur les marchés financiers était « le moyen le plus réaliste et le plus pratique » de financer l’Ukraine.
La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, qui se sont historiquement montrées réticentes à soutenir financièrement l’Ukraine, ont finalement accepté de ne pas bloquer le plan, en échange de garanties contre d’éventuelles conséquences financières. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, proche allié du président russe Vladimir Poutine, a déclaré : « Je n’aimerais pas une Union européenne en guerre » et a affirmé que « donner de l’argent signifie la guerre ».
Le Premier ministre polonais Donald Tusk avait mis en garde la veille contre les conséquences d’un refus d’aider l’Ukraine, affirmant qu’il s’agirait d’envoyer « soit de l’argent aujourd’hui, soit du sang demain ». Volodymyr Zelenskyy, qui s’est rendu à Bruxelles dans un contexte de manifestations agricoles liées à un projet d’accord commercial avec les pays d’Amérique du Sud, avait plaidé pour une décision rapide afin d’assurer la stabilité financière de son pays.
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