Home MondeLe nombre d’apprentis a augmenté, mais la certification n’est pas possible.

Le nombre d’apprentis a augmenté, mais la certification n’est pas possible.

by Clara Dubois

L’apprentissage professionnel connaît un essor au Canada, mais un nombre alarmant d’apprentis abandonnent en cours de route, freinant les efforts pour combler le déficit de main-d’œuvre qualifiée. Entre difficultés financières, manque d’encadrement et obstacles administratifs, de nombreux jeunes travailleurs techniques se heurtent à des défis majeurs.

En 2024, on a comptabilisé 101 541 nouvelles inscriptions à des programmes d’apprentissage, un chiffre record en hausse de 6 % par rapport à l’année précédente. L’Alberta et la Colombie-Britannique ont vu une forte demande dans les métiers du plombier, de l’électricien et du tuyauteur, tandis qu’en Ontario, les formations de mécanicien automobile et d’électricien ont été particulièrement prisées.

Cependant, seulement 19,9 % des apprentis ont obtenu leur certification en 2024, un taux inférieur à celui d’avant la pandémie. Près de la moitié des participants (49,2 %) sont toujours en formation sans avoir encore validé leurs compétences, signe d’un problème de rétention.

« Il est encourageant de voir une augmentation des inscriptions, mais cela n’a aucun sens si les gens n’achèvent pas leur formation », souligne Emily Arrowsmith, directrice de recherche au Forum canadien sur l’apprentissage. « Un soutien pour prévenir le décrochage est essentiel. »

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les apprentis débutants rencontrent souvent des difficultés à trouver un employeur ou à accepter les salaires plus bas proposés pendant leur formation. Les employeurs sont parfois réticents à libérer leurs employés pour suivre des cours, et les examens finaux peuvent s’avérer particulièrement exigeants.

Par ailleurs, des problèmes d’intimidation et de harcèlement sexuel persistent, poussant de nombreux apprentis, en particulier les femmes et les membres de minorités, à quitter le secteur, estimant qu’ils ne sont pas les bienvenus.

Jeff Sloychuk, président du Conseil des travailleurs de la construction du Yukon, plaide pour l’intégration d’exigences de formation en apprentissage dans tous les projets publics. « Chaque chantier devrait être un lieu de formation », affirme-t-il, soulignant également la nécessité de former les travailleurs aux compétences de mentorat.

Des modèles étrangers, comme l’Allemagne et l’Australie, pourraient offrir des pistes de solution. En Allemagne, les jeunes sont orientés vers des carrières techniques dès le plus jeune âge, et les entreprises considèrent les formations en apprentissage comme un investissement. En Australie, une agence gouvernementale met en relation les apprentis avec des employeurs et prend en charge les démarches administratives pour réduire le taux d’abandon.

Samara Sampson, une travailleuse technique, insiste sur l’importance de la rétention des apprentis, au-delà du simple recrutement. Elle a cofondé « Women On Site », un réseau de mentorat et de soutien pour les femmes et les minorités dans le secteur des technologies.

« Nous avons consacré beaucoup de ressources à attirer des gens », explique Sampson. « Maintenant, nous devons nous concentrer davantage sur leur maintien dans le métier. »

À retenir

  • Le nombre d’inscriptions aux programmes d’apprentissage est en hausse, mais le taux de certification reste faible.
  • Les difficultés financières, le manque d’encadrement et les obstacles administratifs sont les principaux freins à la réussite des apprentis.
  • Des solutions existent, notamment en s’inspirant des modèles allemands et australiens, et en renforçant le soutien aux apprentis, en particulier les femmes et les minorités.

Contexte

Le Canada est confronté à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée dans de nombreux secteurs, notamment la construction, l’électricité et la plomberie. L’apprentissage professionnel est considéré comme un moyen essentiel de combler ce déficit, mais le système actuel présente des lacunes importantes.

Ce qui change

Si les taux d’abandon persistent, le Canada risque de ne pas pouvoir répondre à la demande croissante de travailleurs qualifiés, ce qui pourrait freiner la croissance économique et entraîner des pénuries dans des secteurs clés. Des initiatives sont en cours pour améliorer le soutien aux apprentis et renforcer la rétention.

Prochaines étapes

Il sera important de suivre l’évolution des taux d’inscription et de certification dans les prochains mois et années. Des mesures supplémentaires pourraient être nécessaires pour améliorer le soutien aux apprentis et encourager les employeurs à investir dans la formation.

Chiffres clés

  • Nombre d’inscriptions en 2024 : 101 541
  • Taux de certification en 2024 : 19,9 %
  • Pourcentage de participants toujours en formation : 49,2 %

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