Publié le 26 novembre 2023. Une vaste étude révèle que les femmes souffrant de maladies coronariennes graves pourraient bénéficier davantage à long terme d’un pontage coronarien que de la pose de stents, remettant en question les pratiques actuelles qui tendent à aligner les traitements féminins sur ceux des hommes.
- Pour les femmes atteintes de maladies coronariennes sévères, le pontage aorto-coronarien serait plus efficace que la pose de stents pour prévenir les événements cardiovasculaires majeurs et améliorer la survie à long terme.
- Les femmes sont historiquement sous-représentées dans les essais cliniques sur les maladies cardiaques, ce qui rend difficile l’adaptation des traitements à leurs spécificités physiologiques.
- Les maladies cardiaques se manifestent différemment chez les femmes, avec des symptômes souvent atypiques et un diagnostic plus tardif.
Les femmes souffrant d’une maladie coronarienne sévère, caractérisée par un rétrécissement ou un blocage des artères, pourraient tirer un bénéfice plus important et durable d’un pontage aorto-coronarien que d’une intervention coronarienne percutanée (ICP), plus communément appelée pose de stent. C’est la conclusion d’une étude d’envergure menée par des chercheurs de Weill Cornell Medicine.
Le pontage coronarien consiste à utiliser un vaisseau sanguin prélevé sur une autre partie du corps pour contourner une artère obstruée ou rétrécie, rétablissant ainsi le flux sanguin vers le cœur. La pose de stent, quant à elle, est une procédure mini-invasive qui consiste à introduire un tube métallique (le stent) dans une artère bloquée via un cathéter, généralement par l’artère radiale du poignet ou l’artère fémorale de l’aine.
Publiée le 25 novembre dans le European Heart Journal, cette étude apporte des éléments cruciaux pour orienter les décisions thérapeutiques concernant les femmes atteintes de maladies cardiaques, première cause de décès chez la gent féminine. Historiquement, les femmes ne représentaient qu’une faible proportion – entre 20 et 25 % – des grands essais cliniques prospectifs comparant le pontage et la pose de stents, ce qui compliquait l’établissement de conclusions fiables sur leur prise en charge.
« Si vous êtes un homme et que vous avez besoin d’une revascularisation coronarienne, vous recevez un traitement basé sur des preuves solides, car elles existent pour guider votre décision. Si vous êtes une femme, ce n’est pas le cas. Nous n’avons pas de données spécifiques et nous nous basons donc sur les données issues des études menées chez les hommes. Or, nous savons que les femmes ne sont pas de simples hommes de petite taille. »
Dr Mario Gaudino, professeur Stephen et Suzanne Weiss en chirurgie cardiothoracique II à Weill Cornell Medicine et chirurgien cardiothoracique au NewYork-Presbyterian/Weill Cornell Medical Center
Les maladies cardiaques se manifestent de manière distincte chez les femmes. Elles ont tendance à développer une maladie coronarienne plus tardivement dans la vie et présentent des symptômes différents de ceux observés chez les hommes, ce qui conduit souvent à des diagnostics tardifs. De plus, les femmes ont généralement des artères coronaires plus petites et plus réactives, ainsi qu’une plus grande prévalence de maladies microvasculaires coronariennes.
Pour pallier ce manque de données, le Dr Gaudino et son équipe se sont associés à des chercheurs de l’Université de Toronto. Ils ont analysé les résultats de toutes les femmes de moins de 80 ans vivant en Ontario (Canada), présentant des blocages artériels importants et ayant subi soit une pose de stent, soit un pontage entre 2012 et 2021. Un sous-groupe de 4 066 femmes a été apparié en fonction de leurs caractéristiques afin de simuler un essai clinique randomisé. L’ensemble des données comprenait, en moyenne, cinq années de suivi pour chaque patiente.
« Nous avons eu la chance d’avoir accès à cet ensemble de données unique. Cela nous a permis d’observer un grand nombre de femmes atteintes d’une maladie coronarienne grave dans un contexte réel et de suivre l’évolution de leur état de santé sur le long terme. »
Dr Kevin An, chercheur clinique en transplantation cardiothoracique et assistance circulatoire mécanique au NewYork-Presbyterian/Columbia University Irving Medical Center
Les résultats ont révélé qu’environ 36 % des femmes ayant subi une pose de stent ont présenté un événement cardiovasculaire majeur, tel qu’une crise cardiaque, un accident vasculaire cérébral, la nécessité d’une nouvelle revascularisation coronarienne ou une réhospitalisation pour une maladie cardiaque ou un AVC. En comparaison, ce taux était de seulement 22 % chez les femmes ayant bénéficié d’un pontage. Les femmes ayant reçu un stent présentaient également un risque accru d’environ 30 % de décès, quelle qu’en soit la cause, pendant toute la période de suivi, par rapport aux femmes ayant subi un pontage. Cependant, les risques de décès étaient similaires entre les deux groupes au cours des six premiers mois suivant les interventions.
« À long terme, le pontage semble offrir une meilleure protection que la pose de stent », souligne le Dr An. Il nuance toutefois cette conclusion en précisant que les femmes ayant subi un stenting présentaient un risque légèrement inférieur d’accident vasculaire cérébral.
« Actuellement, les femmes sont environ deux fois moins susceptibles de subir un pontage que les hommes », constate le Dr An. Le Dr Gaudino insiste sur la nécessité de disposer de données plus probantes pour modifier les recommandations en matière de pratique clinique. Lui et son équipe mènent actuellement un vaste essai clinique prospectif comparant les deux interventions chez les femmes atteintes d’une maladie coronarienne grave, afin de combler cette lacune en matière de preuves.
« Pour l’instant, les décisions thérapeutiques doivent rester individualisées », conclut le Dr An. « Bien que notre étude suggère que le pontage chirurgical puisse offrir une protection à plus long terme par rapport aux stents, les considérations anatomiques, le risque chirurgical individuel et les préférences de la patiente restent des éléments essentiels à prendre en compte. »
Cette étude a été financée par l’ICES, un institut de recherche financé par une subvention annuelle du ministère de la Santé et du ministère des Soins de longue durée de l’Ontario. Les auteurs reconnaissent que les données du registre clinique utilisées dans cette publication proviennent des hôpitaux participants par l’intermédiaire de CorHealth Ontario, qui est financé par le ministère de la Santé de l’Ontario et sert d’organisme consultatif auprès de celui-ci. Certaines parties de ce matériel sont basées sur des données et/ou des informations compilées et fournies par l’Institut canadien d’information sur la santé et le ministère de la Santé de l’Ontario.
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