Malgré une confiance mitigée dans l’avenir proche du secteur, la majorité des dirigeants d’organisations de santé aux États-Unis prévoient de devancer leurs concurrents d’ici 2026. Une étude récente de Deloitte révèle un paradoxe : une ambition de croissance forte, mais une inquiétude grandissante face aux incertitudes politiques et financières.
Environ 43 % des dirigeants interrogés se disent « incertains » ou « neutres » quant aux perspectives à court terme du secteur, un chiffre en hausse significative par rapport aux 28 % enregistrés l’année précédente. Cette hésitation est principalement liée à l’instabilité réglementaire, notamment l’expiration potentielle de certaines subventions liées à l’Affordable Care Act et les questions persistantes concernant le maintien des assouplissements en matière de télésanté mis en place par Medicare.
« Les dirigeants américains du secteur de la santé sont majoritairement optimistes quant à leur capacité à surpasser leurs concurrents l’année prochaine, mais ils comptent pour l’instant sur des stratégies éprouvées », explique Alicia Janisch, vice-présidente et responsable du secteur de la santé aux États-Unis chez Deloitte. « Or, ces approches traditionnelles pourraient ne pas suffire face aux pressions financières et réglementaires croissantes qui pèsent sur le secteur. »
L’enquête, menée auprès de 120 cadres supérieurs de régimes et de systèmes de santé américains, met également en lumière trois axes majeurs d’investissement et de développement :
Le numérique en plein essor : Plus de 90 % des patients ayant eu recours à une consultation médicale virtuelle se déclarent prêts à renouveler l’expérience. Par ailleurs, 37 % utilisent des dispositifs de suivi de leur état de santé et 47 % des appareils pour surveiller leur activité physique. Face à cet engouement, près de 60 % des dirigeants envisagent d’investir dans des services de santé virtuels pour renforcer la prévention.
L’intelligence artificielle, un potentiel à exploiter : Plus de 80 % des dirigeants estiment que l’intelligence artificielle générative et l’IA agentique pourraient apporter une « valeur modérée à significative » dans de nombreux domaines d’ici 2026, des opérations cliniques aux fonctions administratives. Cependant, l’adoption reste à un stade préliminaire pour 49 % des organisations, et 18 % n’ont pas encore commencé à expérimenter avec l’IA. Seul un tiers des établissements de santé utilise actuellement l’IA à grande échelle.
« Pour que l’IA ait un impact réel, il est essentiel de la déployer à l’échelle de l’entreprise et de mesurer son impact financier », souligne le rapport. « Les organisations qui intègrent l’IA dans plusieurs fonctions, plutôt que de la confiner à des départements spécifiques, peuvent réduire considérablement les coûts administratifs, accélérer la prise de décision et améliorer les résultats pour les patients. »
Des partenariats intersectoriels : Environ 80 % des dirigeants considèrent la collaboration avec d’autres secteurs – notamment la vente au détail, la technologie et la grande distribution – comme une priorité stratégique. Ces partenariats pourraient permettre de répondre aux besoins sociaux et économiques des populations, ou encore de faciliter l’accès à une alimentation saine.
« Il est crucial de réfléchir à la manière de combiner nos forces et aux innovations qui pourraient en découler en regardant au-delà du secteur de la santé », a déclaré Alicia Janisch.