Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une simple analyse sanguine pourrait-elle un jour dépister jusqu’à 14 types de cancer ? Des recherches récentes explorent le potentiel des biopsies liquides pour une détection précoce et une amélioration des traitements.
- Une étude suggère que les tests de biopsies liquides pourraient réduire de 45 % les diagnostics de cancer de stade IV aux États-Unis sur une décennie.
- Bien que prometteurs, ces tests présentent encore un taux de faux positifs élevé et nécessitent des directives claires pour leur intégration dans les soins.
- Les biopsies liquides analysent l’ADN tumoral circulant dans le sang, offrant une alternative moins invasive aux biopsies traditionnelles.
Des chercheurs de la société Exact Sciences ont modélisé l’impact potentiel d’un accès généralisé aux tests de biopsies liquides multicancers (MCED) sur les soins contre le cancer pour cinq millions d’adultes américains. Les résultats, publiés dans la revue Cancer en novembre dernier, suggèrent que la détection précoce du cancer grâce à ces tests pourrait sauver des vies.
L’idée derrière les biopsies liquides, explique le Dr Caroline Reduzzi, oncologue à Weill Cornell Medicine, est de rechercher des signes de cancer sans avoir recours à une biopsie tissulaire invasive. « C’est comme traduire une biopsie tissulaire en sang », a-t-elle déclaré. Ces tests peuvent détecter divers indicateurs, notamment des cellules tumorales circulantes, des fragments d’ADN tumoral et d’autres biomarqueurs présents dans la circulation sanguine. Des études récentes confirment cette capacité à détecter divers signes de cancer.
À ce jour, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a approuvé cinq tests de diagnostic par biopsie liquide, mais chacun est spécifique à un seul type de cancer. Ces tests ont été validés en comparant leur capacité à détecter le cancer à celle des méthodes traditionnelles basées sur des échantillons de tissu tumoral. Aucun test MCED n’est actuellement approuvé pour une utilisation clinique courante, bien que certains, comme Cancerguard d’Exact et Galleri de GRAIL, soient disponibles aux États-Unis sous forme de « tests développés en laboratoire » (LDT). Ces LDT opèrent dans une zone grise réglementaire, n’étant pas formellement approuvés par la FDA mais accessibles aux patients via des cliniciens ou des services de télémédecine. Des questions subsistent quant à la fiabilité de ces tests.
En Europe, les progrès sont plus variables. Le National Health Service du Royaume-Uni mène actuellement un essai à grande échelle, appelé PATHFINDER 2, portant sur Galleri, avec la participation de 140 000 personnes. Les résultats de cette étude sont attendus l’année prochaine. Le Dr Iseult Browne, oncologue clinicien au Royal Marsden Hospital de Londres et à l’Institut britannique de recherche sur le cancer, souligne que l’inertie dans le domaine de l’oncologie pourrait ralentir l’adoption de ces nouvelles technologies. Les oncologues sont habitués à des protocoles basés sur les analyses de biopsies tissulaires, et il est difficile de remettre en question ces pratiques établies.
Un défi majeur reste la réduction des taux de faux positifs. Les premières données de l’essai PATHFINDER 2 montrent que Galleri est très performant pour identifier les personnes ne souffrant pas de cancer (99,6 % de précision), mais environ 40 % des patients chez lesquels le test a détecté un cancer n’en avaient en réalité pas. Un tel taux de faux positifs pourrait générer une anxiété inutile et entraîner des examens complémentaires non nécessaires, avec un impact significatif sur les systèmes de santé. Pour améliorer la précision, les recherches futures se concentreront sur l’identification de signaux de cancer plus fiables, notamment en analysant d’autres types de cellules, comme les cellules immunitaires.
« Je ne pense pas que nous ayons un test parfait pour le moment. Mais je pense que nous y arriverons. Avec le temps. »
Dr Carolina Reduzzi, Weill Cornell Medicine
Ruth Etzioni, biostatisticien au centre de lutte contre le cancer Fred Hutch à Seattle, dirige une étude multi-institutionnelle visant à évaluer les traitements et diagnostics émergents du cancer. Ses modélisations confirment le potentiel des MCED pour détecter les cancers à un stade précoce, mais ses chiffres sont légèrement moins optimistes que ceux du rapport initial. L’efficacité des tests varie en fonction du type de cancer et de la vitesse de progression de la maladie.
En conclusion, bien que les biopsies liquides représentent une avancée prometteuse dans le diagnostic du cancer, des défis importants subsistent en termes de précision, de standardisation et d’intégration dans les pratiques cliniques. Des recherches supplémentaires et des essais cliniques rigoureux sont nécessaires pour déterminer pleinement leur potentiel et garantir qu’ils améliorent réellement les résultats pour les patients.
Cet article est uniquement à titre informatif et ne vise pas à offrir des conseils médicaux.