Home SantéLes scientifiques identifient un mécanisme qui permet la prolifération précoce du cancer de l’estomac

Les scientifiques identifient un mécanisme qui permet la prolifération précoce du cancer de l’estomac

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29. Des chercheurs ont identifié un mécanisme par lequel les cellules cancéreuses de l’estomac peuvent devenir autonomes et échapper aux signaux de contrôle, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentielles.

Une équipe internationale de scientifiques a mis en lumière un processus clé qui permet aux cellules tumorales de l’estomac de contourner les mécanismes biologiques qui freinent leur prolifération. L’étude, publiée dans la revue Molecular Cancer, révèle que ces cellules acquièrent une indépendance précoce, les rendant particulièrement difficiles à combattre.

Selon la clinique Mayo, le cancer de l’estomac se caractérise par une croissance anormale de cellules dans cet organe.

Les travaux, coordonnés par le Centre d’ingénierie génomique de l’Institut des sciences fondamentales (IBS), ont été menés par les docteurs Lee Ji Hyun, Koo Bon-Kyoung et Lee Heetak, en collaboration avec les équipes de l’Université Yonsei et de l’Hôpital universitaire Carl Gustav Carus de Dresde. Ils ont cherché à comprendre comment les cellules cancéreuses de l’estomac parviennent à se développer même en l’absence des signaux essentiels provenant de leur environnement tissulaire.

L’étude a révélé que cette autosuffisance des cellules tumorales est liée à l’activation de deux voies de signalisation, WNT et MAPK. La voie WNT, cruciale pour la survie des cellules gastriques dans des conditions normales, dépend habituellement de signaux externes émis par les cellules voisines, appelées cellules de niche. Ces signaux sont nécessaires pour la division cellulaire et le maintien de la fonctionnalité.

Dans le cancer colorectal, des mutations dans des gènes tels que APC ou CTNNB1 entraînent une activation permanente de la voie WNT, supprimant ainsi le besoin de stimulation externe et favorisant une croissance incontrôlée. Cependant, contrairement à ce qui était supposé, ces mutations sont rares dans le cancer gastrique, ce qui a longtemps constitué un mystère.

La découverte clé de cette recherche réside dans le fait que, dans le cancer gastrique, l’activation de la voie MAPK – souvent induite par des mutations dans des gènes comme KRAS ou HER2 (présentes chez environ un tiers des patients) – déclenche une stratégie d’autosuffisance différente. Sous l’influence de MAPK, les cellules tumorales commencent à produire de manière autonome une variante spécifique de la molécule WNT, appelée WNT7B, et ne dépendent plus des signaux extérieurs pour survivre et proliférer.

« Elles deviennent très tôt indépendantes de leur environnement. »

Lee Ji Hyun, docteur

Pour valider ces résultats, les chercheurs ont utilisé à la fois des modèles animaux et des organoïdes dérivés de patients. Ces organoïdes, des mini-tumeurs tridimensionnelles cultivées en laboratoire à partir de tissus tumoraux réels, reproduisent fidèlement la physiologie humaine et ont permis de confirmer les observations initiales.

Selon les auteurs, cette cohérence des résultats entre les espèces (souris et humains) et les différentes plateformes expérimentales renforce la pertinence du mécanisme découvert pour le cancer gastrique humain.

Cette découverte a des implications importantes pour le traitement du cancer de l’estomac. L’autosuffisance des cellules tumorales, induite par l’autoactivation de WNT via MAPK, représente une vulnérabilité thérapeutique jusqu’alors inexploitée. Les patients atteints de ce sous-type de cancer ne disposent actuellement pas de thérapies ciblées efficaces.

L’équipe de recherche explore désormais différentes stratégies pour interrompre sélectivement ce circuit de signalisation, dans l’espoir de ralentir la progression du cancer sans endommager les tissus gastriques sains. La paroi interne de l’estomac, en raison de sa fonction, est l’un des tissus les plus dynamiques du corps humain, nécessitant une régénération constante. Une dépendance stricte aux signaux régulateurs est donc essentielle pour prévenir une croissance anormale et une transformation maligne.

En contournant ces signaux restrictifs et en adoptant un mécanisme autocrine, les cellules cancéreuses gastriques parviennent à échapper aux contrôles habituels et à se diviser de manière incontrôlable.

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