Publié le 2025-12-24 10:00:00. Des changements significatifs dans la composition de la flore intestinale pourraient précéder l’apparition des maladies inflammatoires de l’intestin (MII), selon une vaste étude internationale. Ces découvertes ouvrent la voie à un diagnostic plus précoce et au développement de traitements ciblés.
- Une étude internationale portant sur plus de 1 700 personnes révèle des modifications précoces de la flore intestinale chez les patients atteints de MII.
- Les chercheurs observent une diminution des bactéries anaérobies protectrices et une augmentation de bactéries habituellement présentes dans la bouche.
- Ces résultats confirment l’hypothèse de l’oxygène et soulignent la nécessité d’une standardisation des méthodes d’analyse du microbiome.
Les maladies inflammatoires de l’intestin (MII), qui regroupent notamment la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse, se caractérisent par une inflammation chronique du tube digestif. Les premiers symptômes peuvent être insidieux, tels que des douleurs abdominales ou une fatigue persistante, rendant le diagnostic parfois long à établir. Comprendre les mécanismes biologiques en jeu dès les premiers stades de la maladie est donc crucial pour une prise en charge plus rapide et efficace.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Birmingham a mené une étude novatrice en combinant les données brutes de plusieurs études antérieures. Ils ont analysé les échantillons de plus de 1 700 enfants et adultes issus de 11 pays, tous récemment diagnostiqués avec une MII et n’ayant pas encore débuté un traitement. Cette approche a permis d’identifier des changements spécifiques dans le microbiome intestinal, non influencés par la médication.
L’étude révèle que, dès le début de la maladie, on observe une disparition des bactéries anaérobies, celles qui n’ont pas besoin d’oxygène pour survivre et qui contribuent à la protection contre les infections. Parallèlement, les chercheurs ont constaté une prolifération de bactéries aérobies, nécessitant de l’oxygène. Un phénomène particulièrement frappant est l’apparition dans l’intestin de bactéries habituellement présentes dans la cavité buccale, comme celles des familles Granulicatella et Hémophilus.
« Des recherches antérieures suggéraient une évolution vers des bactéries plus tolérantes à l’oxygène et la disparition d’espèces anaérobies bénéfiques. Il s’agit de la première étude à démontrer ces changements de manière aussi claire, dès le début de la maladie, et sur la base de plusieurs cohortes internationales. »
Peter Rimmer, Université de Birmingham
Ces résultats soutiennent l’hypothèse de l’oxygène, qui postule que l’augmentation de la disponibilité de l’oxygène au niveau de la paroi intestinale modifie l’environnement bactérien. Les bactéries anaérobies, souvent impliquées dans la régulation de l’inflammation, sont alors fragilisées et leur nombre diminue. Cet environnement modifié favoriserait l’installation de bactéries provenant de la bouche, contribuant ainsi à l’inflammation chronique.
L’étude souligne également des différences significatives dans la composition du microbiome en fonction de l’âge des patients et de leur origine géographique. Les variations entre les échantillons prélevés directement dans l’intestin et les selles sont notables, tout comme les différences observées entre les adultes et les enfants atteints de MII. De plus, les chercheurs insistent sur la nécessité d’une standardisation des méthodes d’analyse du microbiome, car les différentes études utilisées dans leur analyse employaient des protocoles variés, rendant la comparaison des résultats plus complexe.
Malgré ces défis, les chercheurs restent optimistes. Morris Gordon, membre de l’équipe, estime que la standardisation du domaine permettra de développer de nouvelles méthodes et techniques de traitement pour détecter les MII à un stade très précoce.
Pour en savoir plus sur le rôle du microbiome, vous pouvez consulter cet article : Les bactéries intestinales peuvent produire une substance qui soulage le diabète de type 2. Ou encore, découvrez comment une vaste étude de Cambridge révèle que de nombreux pesticides peuvent être nocifs pour la flore intestinale.
Souhaitez-vous recevoir les dernières actualités scientifiques directement dans votre boîte de réception, quotidiennement ou hebdomadairement ?
Inscrivez-vous ici pour la newsletter!
Vous souhaitez en savoir plus ? Écoutez notre podcast scientifique:
À ne pas manquer
