Home SantéUn groupe de scientifiques utilise les technologies des vaccins covid pour rajeunir le système immunitaire – Actualités et protagonistes

Un groupe de scientifiques utilise les technologies des vaccins covid pour rajeunir le système immunitaire – Actualités et protagonistes

by Sophie Martin

Une nouvelle approche basée sur l’ARN messager pourrait permettre de revitaliser le système immunitaire affaibli par l’âge, ouvrant la voie à une meilleure réponse vaccinale et à une efficacité accrue des traitements contre le cancer. Des chercheurs américains ont réussi à stimuler la production de lymphocytes T chez des souris âgées, inversant certains des effets délétères du vieillissement sur les défenses immunitaires.

Avec l’âge, le système immunitaire perd de sa capacité à réagir efficacement aux menaces. Les neutrophiles et les monocytes, premières lignes de défense, deviennent moins mobiles et moins performants. Parallèlement, la production de lymphocytes T, ces cellules immunitaires clés qui nécessitent plusieurs jours pour se développer et cibler précisément les agents pathogènes ou les cellules cancéreuses, diminue. Ce dérèglement conduit à une inflammation chronique, affaiblit les défenses de l’organisme et réduit l’efficacité des vaccins.

L’équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT), dirigée par Feng Zhang, pionnier de technologies telles que l’édition génétique CRISPR et l’optogénétique, a publié ses résultats dans la revue Nature. Leur approche consiste à utiliser le foie comme une usine temporaire pour produire trois facteurs essentiels à la maturation des lymphocytes T : FLT3L, DLL1 et IL-7. Ces facteurs, dont les niveaux diminuent avec l’âge, sont cruciaux pour assurer un nombre suffisant de cellules atteignant le thymus, leur spécialisation en lymphocytes T et leur survie pendant le développement.

Les souris âgées de 18 mois – l’équivalent d’environ 50 ans chez l’homme – ayant reçu ce traitement ont montré une amélioration significative de leur réponse immunitaire. Elles ont produit davantage de lymphocytes T après une vaccination et ont mieux réagi aux traitements d’immunothérapie anticancéreuse. Dans des modèles de mélanome agressif, on a même observé des rémissions complètes, un résultat non constaté chez les souris non traitées.

Cette technique représente une avancée significative par rapport aux tentatives antérieures de rajeunissement immunitaire. Les approches précédentes, comme l’injection directe de facteurs de croissance ou la greffe de thymus, présentaient des risques potentiels. Le thymus, organe responsable de la maturation des lymphocytes T, s’atrophie avec l’âge et peut, une fois réactivé, entraîner des erreurs de reconnaissance et des maladies auto-immunes.

L’équipe de Zhang a contourné ces problèmes en utilisant l’ARN messager (ARNm), la même technologie qui a permis le développement rapide des vaccins contre la Covid-19. L’ARNm est injecté dans le sang sous forme de nanoparticules de graisse qui se concentrent dans le foie. Le foie, contrairement au thymus, conserve une capacité importante à produire des protéines même chez les personnes âgées. Il est ainsi transformé en une usine temporaire produisant les trois facteurs manquants.

« Le renforcement immunitaire est dilué une fois l’administration du traitement terminée, ce que nous considérons comme un élément de sécurité plutôt que comme une limitation », explique Mirco Friedrich, oncologue à l’hôpital universitaire de Heidelberg et premier auteur de l’étude.

María Mittlebrunn, chercheuse au Centre de biologie moléculaire Severo Ochoa (Madrid) qui n’a pas participé à l’étude, qualifie les travaux de « très originaux et dotés d’un immense potentiel ». Elle souligne que les lymphocytes T sont les cellules qui accumulent le plus de changements liés à l’âge et qu’ils constituent une première ligne de défense essentielle.

Les chercheurs envisagent désormais de mener un premier essai clinique chez des patients atteints de cancer en Allemagne. Une première phase pourrait débuter dans deux ans. L’application de cette thérapie serait probablement ciblée sur des périodes spécifiques, comme avant la vaccination, pendant le traitement du cancer ou en cas de risque accru d’infection.

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