Home Technologie et scienceDu bon appétit à Uber Eats : pourquoi les restaurants adorés des Français sont en crise | Paul Taylor

Du bon appétit à Uber Eats : pourquoi les restaurants adorés des Français sont en crise | Paul Taylor

by Thomas Caron

Publié le 24 septembre 2025 à 10h15. La gastronomie française, autrefois symbole d’un art de vivre, est confrontée à une crise sans précédent : la multiplication des difficultés économiques pousse les restaurants traditionnels à fermer leurs portes à un rythme alarmant, tandis que les chaînes de restauration rapide prospèrent.

  • Environ 25 restaurants français mettent la clé sous la porte chaque jour, selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).
  • Les restaurateurs dénoncent la hausse des coûts, l’évolution des habitudes alimentaires et une fiscalité défavorable.
  • La pandémie de Covid-19 a durablement modifié les pratiques, avec une augmentation du travail à domicile et du recours à la livraison de repas.

La situation est critique pour de nombreux restaurateurs français. Franck Chaumès, président de la branche restauration de l’UMIH, tire la sonnette d’alarme :

« C’est une catastrophe pour notre profession. Chaque jour, quelque 25 restaurants ferment leurs portes. »

Franck Chaumès, président de la branche restauration de l’UMIH

L’organisation professionnelle a même demandé, sans succès pour l’instant, au gouvernement de limiter l’ouverture de nouveaux établissements et de garantir un niveau de qualification pour les professionnels du secteur.

Cette crise touche particulièrement les restaurants traditionnels, qui peinent à s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs. Alex Diril, ancien propriétaire d’un bar-restaurant dans le cinquième arrondissement de Paris, témoigne de cette évolution :

« Avant, je servais 75 couverts tous les midis, et nous avions au moins deux plats du jour faits maison, avec de la viande ou du poisson et des légumes frais. Les choses ont changé après la pandémie. Les clients qui allaient au restaurant tous les jours venaient peut-être une ou deux fois en début de semaine. On offrait aux gens une nourriture fraîche et saine, des plats du jour, et surtout ils voulaient des hamburgers et des frites. »

Alex Diril, ancien propriétaire d’un bar-restaurant à Paris

Face à la concurrence des fast-foods et à la flambée des prix des matières premières, il a été contraint de cesser ses activités fin 2024.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. L’évolution des modes de vie, avec une génération Z et des millennials qui mangent moins et boivent moins d’alcool, joue un rôle important. Le développement de la livraison à domicile, via des plateformes comme Deliveroo et Uber Eats, favorise également la consommation de plats préparés, souvent issus de « cuisines fantômes » dépourvues de salle de restaurant.

La fiscalité et les règles sociales contribuent également aux difficultés des restaurateurs. La TVA est de 5,5 % pour les plats à emporter, mais de 10 % pour la consommation sur place. De plus, depuis la crise sanitaire, les titres-restaurant, largement utilisés par les salariés français, peuvent désormais être dépensés dans les supermarchés, ce qui pénalise les restaurants.

Un changement profond s’opère donc dans le paysage gastronomique français. Seuls les établissements proposant une cuisine haut de gamme à des prix élevés ou les chaînes de restauration rapide semblent résister à la crise. Ironiquement, alors que le Royaume-Uni a mis en place des dispositifs pour encourager la consommation au restaurant, la France a massivement aidé les établissements à rester fermés pendant les confinements, comme le souligne cet article.

Les habitudes ont également évolué. Les Français passent désormais moins de temps à table qu’auparavant : en 2015, ils consacraient en moyenne deux heures et 13 minutes par jour à manger et à boire, contre une heure et 18 minutes au Royaume-Uni et seulement une heure aux États-Unis, selon une étude. L’influence de la culture américaine de la restauration rapide et la prise de conscience des enjeux liés à une alimentation saine contribuent à ce changement.

Enfin, la semaine de 35 heures, instaurée en 1998, a contraint de nombreux petits restaurants à réduire leurs horaires d’ouverture, rendant parfois difficile de trouver un établissement ouvert après 13h30 en province.

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