L’intervention militaire américaine au Venezuela, survenue il y a quelques heures, a suscité une réaction immédiate et triomphante de la part du président Donald Trump. L’opération, visant à renverser le gouvernement de Nicolás Maduro, marque une escalade dangereuse dans l’ingérence américaine en Amérique latine et soulève des inquiétudes quant à la stabilité régionale.
Dans une déclaration publique, Donald Trump a salué le succès de l’opération, qualifiant l’action de l’armée américaine de « l’une des démonstrations de puissance militaire les plus étonnantes, les plus efficaces et les plus puissantes » de l’histoire des États-Unis. Il a publié une photographie de Nicolás Maduro menotté et annoncé que ce dernier, ainsi que son épouse, seront inculpés à New York pour « narcoterrorisme ». Sans fournir de preuves tangibles, Trump a également affirmé que les opérations américaines avaient réduit le trafic maritime de drogue de 97 pour cent.
Le président américain a annoncé que les États-Unis « dirigeraient le pays » en attendant une transition politique dont les modalités restent floues, tout en brandissant la menace d’une « deuxième attaque, bien plus importante ». Il a explicitement lié cette intervention à la doctrine Monroe de 1823, affirmant ainsi la volonté des États-Unis d’exercer une « domination américaine sur l’hémisphère occidental ».
Cette intervention militaire ne se limite pas à un acte d’agression, mais s’inscrit dans une longue tradition d’ingérence américaine en Amérique latine, une histoire marquée par des coups d’État et le soutien à des régimes autoritaires. Le Guatemala, en 1954, a vu le gouvernement démocratiquement élu de Jacobo Arbenz renversé par la CIA. Au Chili, en 1973, les États-Unis ont soutenu le coup d’État qui a porté Augusto Pinochet au pouvoir. Plus récemment, en 1983, les États-Unis ont envahi l’île de Grenade pour renverser son gouvernement socialiste. L’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et l’Amérique centrale ont également été le théâtre de l’appui de Washington à des régimes militaires responsables de torture et d’assassinats.
Si la répression et la corruption du gouvernement Maduro sont indéniables et ont engendré d’immenses souffrances pour de nombreux Vénézuéliens, cela ne légitime en rien l’intervention américaine. L’histoire du soutien de Washington à des dictatures brutales dans la région sape toute prétention à une autorité morale. Par ailleurs, les propres déboires juridiques de Donald Trump, notamment ses liens avec Jeffrey Epstein, un pédophile condamné, et son soutien à la politique israélienne à Gaza, remettent en question sa crédibilité.
L’opération au Venezuela viole le droit international. Si les États-Unis peuvent unilatéralement lancer des frappes militaires contre des nations souveraines, cela remet en cause l’ensemble du cadre juridique international et envoie un message dangereux à la communauté internationale : la puissance prime sur la légalité et la souveraineté.
Les conséquences pour l’Amérique latine sont préoccupantes. Le président colombien Gustavo Petro a exprimé ses inquiétudes, rappelant que Trump l’avait menacé d’une intervention similaire en décembre dernier : « il sera le prochain ». L’instabilité régionale est également à craindre, la crise politique vénézuélienne ayant déjà provoqué un exode massif de Vénézuéliens vers les pays voisins, notamment la Colombie et le Brésil.
Bien que certains Vénézuéliens puissent se réjouir du départ de Maduro, l’intervention américaine affaiblit l’opposition politique vénézuélienne, qui risque d’être discréditée et présentée comme un instrument des puissances étrangères. Le peuple vénézuélien mérite la démocratie, mais doit la conquérir par ses propres moyens, avec un soutien international, et non par l’imposition d’une puissance étrangère dont l’histoire est marquée par l’interventionnisme.
Les Latino-Américains méritent mieux que de devoir choisir entre un autoritarisme local et une violence importée. Ils ont besoin de respect pour leur autodétermination, et non de bombes américaines. L’avenir de la région doit être déterminé par ses peuples, libérés de l’ombre de l’impérialisme.
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