Home SantéComment le fait de blâmer les femmes pour le sexe d’un bébé a persisté à travers l’histoire

Comment le fait de blâmer les femmes pour le sexe d’un bébé a persisté à travers l’histoire

by Sophie Martin

Des siècles durant, la question du genre de l’enfant à naître a été enveloppée de mythes et de préjugés, souvent imputant la responsabilité de l’absence d’héritier mâle à la femme. Des conceptions erronées, ancrées dans l’histoire, persistent encore aujourd’hui, malgré les avancées scientifiques considérables en matière de reproduction.

L’histoire de la compréhension de la conception est jalonnée d’idées variées. Si l’égalité des sexes semble se rapprocher à notre époque, avec une présence croissante de femmes à des postes de pouvoir à travers le monde, il est important de se souvenir que les femmes n’ont obtenu le droit de vote aux États-Unis qu’en 1920, soit cinquante ans après les hommes noirs en 1870.

Dès l’Antiquité, les penseurs grecs se sont penchés sur la question. Hippocrate (470-375 avant J.-C.) avançait l’idée de deux “semences”, une masculine et une féminine, la première étant considérée comme plus forte et donc responsable de la naissance des garçons. Aristote (384-322 avant J.-C.) voyait la femme comme un simple terreau où la graine masculine pouvait germer et se développer. Galien (128-216 après J.-C.) reprit cette théorie, ajoutant que les femmes “plus passionnées” étaient plus susceptibles d’avoir des garçons.

Ces conceptions ont perduré au Moyen Âge, où les manuels médicaux conseillaient aux femmes désirant un garçon de consommer des aliments “chauds”, d’adopter des positions sexuelles spécifiques ou de concevoir pendant certaines phases lunaires. Dans les grandes religions juive, chrétienne et islamique, on pensait que le contrôle des passions et le moment de l’acte pouvaient influencer le sexe de l’enfant, l’orgasme masculin étant associé à la naissance d’un garçon.

Cette focalisation sur le rôle de la femme a conduit à une culpabilisation systématique. On accusait les femmes d’avoir des filles en raison de leur corps “froid”, de leurs “semences” faibles ou d’un déséquilibre corporel qui “transformait” un fœtus mâle en femelle. Les hommes étaient rarement tenus pour responsables. L’exemple le plus frappant est peut-être celui d’Henri VIII, qui imputait l’incapacité de ses épouses à lui donner un héritier mâle à leur infécondité.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’influence des émotions et des pensées maternelles sur le sexe de l’enfant a été largement admise. Les femmes “froides”, peu passionnées ou manquant de qualités masculines étaient considérées comme plus susceptibles d’avoir des filles. En France, on conseillait aux femmes de manger de la viande, de faire de l’exercice et d’éviter la tristesse pour favoriser la naissance d’un garçon.

La découverte du microscope au XVIIe siècle a permis d’identifier les spermatozoïdes, mais a également donné naissance à la théorie des “spermistes”, qui croyaient que chaque spermatozoïde contenait un être humain préformé. Cette idée revenait à considérer la femme comme un simple réceptacle. Une autre théorie, celle des “ovistes”, soutenait que tous les êtres provenaient d’œufs, mais cette dernière n’avait pas encore été prouvée chez les humains.

La véritable avancée scientifique est intervenue au XIXe siècle avec la découverte de l’ovule de mammifère en 1827 par Karl Ernst von Baer, puis avec l’observation de la fusion des noyaux des spermatozoïdes et des ovules en 1877 par Oscar Hertwig et Hermann Fol. Ces découvertes ont mis fin à la théorie de la préformation.

Même après ces avancées, l’idée que l’ovule était un simple réceptacle passif a persisté. La science moderne a cependant révélé la capacité remarquable de l’ovule à sélectionner les spermatozoïdes les plus aptes à la fécondation, en fonction de leur condition physique et de leur compatibilité génétique. De plus, il est désormais établi que chaque parent contribue à parts égales au patrimoine génétique de l’enfant, avec 23 chromosomes chacun, et que le sexe est déterminé par la combinaison des chromosomes sexuels X et Y.

Malgré ces connaissances, de nombreux mythes modernes sur la détermination du sexe de l’enfant persistent, basés sur des croyances sans fondement scientifique, comme la profondeur de la pénétration, l’intensité des nausées matinales ou les envies alimentaires de la mère. Il est donc essentiel de continuer à déconstruire ces préjugés et à promouvoir une compréhension scientifique de la reproduction.

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