Au moins 30 personnes ont péri dans un incendie dévastateur survenu dimanche soir tard dans le bar Rong Beer Na Lat Phrao, situé dans le nord de Bangkok. Les autorités thaïlandaises enquêtent désormais sur une possible négligence, alors que des survivants et des experts signalent des portes verrouillées et une absence critique de signalisation pour les sorties de secours.
Un bilan humain lourd et des victimes piégées
Le bilan provisoire fait état d’au moins 30 décès. Selon les autorités, 27 des victimes ont été identifiées mardi matin. Trente-deux autres personnes ont pu être traitées et renvoyées chez elles.
Les premiers intervenants ont découvert un grand nombre de victimes dans les toilettes, situées au fond de l’établissement. Le chef de la police nationale, Kittharath Punpetch, a précisé que la plupart des morts ont été retrouvées piégées dans ces sanitaires sans fenêtres, où elles ont probablement tenté de s’abriter. Busakorn Saensuk, experte en sécurité incendie de l’Engineering Institute of Thailand, a expliqué que les clients ont instinctivement fui le feu vers l’arrière du bar, mais qu’ils se sont retrouvés incapables de sortir car la porte située près des toilettes était verrouillée.
Matériaux inflammables et défauts de structure
L’incendie aurait pris naissance près de la scène. Les premières investigations suggèrent qu’un court-circuit dans un climatiseur au plafond serait à l’origine du sinistre, entraînant une coupure rapide de l’électricité dans tout l’établissement. Athipat « Ice » Wijarn, dont le groupe jouait sur scène, a décrit avoir vu de la fumée provenir d’un circuit électrique mural avant qu’une explosion ne survienne.

La propagation rapide des flammes a été facilitée par l’utilisation de matériaux hautement inflammables. Busakorn Saensuk a noté la présence de fleurs en plastique pour la décoration de la scène et de mousse combustible appliquée au plafond. Le groupe de musique indie thaïlandais Thotsakan, qui se produisait lors du drame, a perdu deux de ses membres.
Le professeur Worsak Kanok Nukulchai, spécialiste en ingénierie structurelle, estime que de nombreuses victimes seraient mortes par inhalation de fumées toxiques avant même d’être brûlées. Il explique que la réaction des flammes avec les matériaux inflammables produit du monoxyde de carbone et du cyanure d’hydrogène, surnommés les « jumeaux toxiques » de la fumée d’incendie.
Manquements graves à la sécurité
L’enquête met en lumière plusieurs défaillances majeures concernant la sécurité du bâtiment, vieux de 50 ans :
- Sorties obstruées : Outre la porte verrouillée près des toilettes, les deux portes à l’entrée étaient partiellement obstruées par des meubles et d’autres objets. Le chef de la police a également évoqué la présence d’une table vendant des bonbons qui aurait pu gêner l’accès à une sortie.
- Absence de signalisation : Phatsara Khamloet, une cliente venue en mai, a décrit l’endroit comme étant sombre et les sorties mal indiquées. L’experte Busakorn Saensuk a affirmé que si les panneaux de secours avaient été éclairés, les clients auraient pu voir que la porte était verrouillée et tenter de l’ouvrir.
- Statut administratif : Les autorités de Bangkok ont confirmé que l’établissement était enregistré comme « restaurant avec musique live » et non comme « lieu de divertissement », ce qui signifie qu’il n’était pas tenu d’utiliser des matériaux ignifuges.
Conséquences et antécédents
Le général de police Kittiratt Phanphet a déclaré lundi que ces éléments indiquaient « un manque de prudence et un mépris pour la sécurité des clients ». L’Administration métropolitaine de Bangkok a annoncé réviser les réglementations concernant les matériaux autorisés pour la construction et la décoration des restaurants et des lieux de divertissement.

Selon PBS Thai, le propriétaire du Rong Beer Na Lat Phrao possédait précédemment un autre pub dans la province de Yasothon, lequel a été détruit par un incendie en décembre 2019. Ce précédent n’avait toutefois fait aucune victime, le feu s’étant déclaré pendant la journée.
Cet événement est l’un des incendies les plus meurtriers de l’histoire récente de la Thaïlande, depuis celui du Santika Club en 2009 qui avait fait 67 morts.
Update (July 15, 2026)
Selon lefigaro.fr, le bilan humain s'est alourdi ce mercredi, atteignant désormais 32 morts, contre 27 initialement annoncés. Le nombre de blessés a également été révisé à la hausse, avec plus de 70 personnes touchées, dont 15 se trouvent toujours dans un état grave.
Mardi, des familles et des proches se sont rendus à l'hôpital général de la police de Bangkok pour récupérer les dépouilles, où un bureau improvisé a été installé dans le hall pour faciliter les démarches administratives. Par ailleurs, Unsit Sampuntharat, responsable au ministère de l'Intérieur, a confirmé que la licence de l'établissement est actuellement examinée, notamment pour vérifier son autorisation à accueillir des concerts. Le média rappelle également qu'un incendie similaire avait fait 67 morts et plus de 200 blessés en 2009 dans une boîte de nuit de la capitale.
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