Hugging Face, start-up d’intelligence artificielle fondée par des Français, défend son rachat par l’américain Nvidia, au nom de l’« open source »
Le géant américain des puces Nvidia va racheter la plateforme d'intelligence artificielle franco-américaine Hugging Face pour près de 13 milliards de dollars, avec une…
Le géant américain des puces Nvidia va racheter la plateforme d’intelligence artificielle franco-américaine Hugging Face pour près de 13 milliards de dollars, avec une finalisation attendue au premier semestre 2027. L’opération promet de maintenir la plateforme ouverte pour tout l’écosystème, tout en propulsant ses trois fondateurs français au rang de milliardaires.
Une acquisition historique à 12,93 milliards de dollars
Le mastodonte de Santa Clara franchit une nouvelle étape majeure dans sa diversification. Après des négociations amorcées fin 2025 sur la base d’une valorisation de 7 milliards de dollars, le géant américain des puces électroniques a confirmé le rachat de la plateforme d’intelligence artificielle Hugging Face pour un montant précis de 12,93 milliards de dollars. L’opération doit encore recevoir les feux verts réglementaires nécessaires avant sa finalisation officielle prévue au cours du premier semestre 2027.
Ce rapprochement consacre l’ascension fulgurante d’une licorne technologique née à New York en 2016. Créée par trois ingénieurs français, la start-up s’est imposée au fil des ans comme la place de marché collaborative incontournable de l’intelligence artificielle. Les chiffres témoignent de cette envergure : la plateforme revendique aujourd’hui plus de 18 millions d’utilisateurs, plus de 3 millions de modèles, un demi-million de jeux de données, ainsi que de nombreuses entreprises clientes à travers le monde.
Le jackpot financier pour les fondateurs français
Pour les trois cofondateurs — Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf —, tous passés par l’École polytechnique et l’ESCP, cette cession se traduit par un succès financier retentissant. Bloomberg attribue désormais à chacun d’eux une fortune personnelle estimée à 1,8 milliard de dollars, soit environ 1,55 milliard d’euros.
Malgré cet ancrage tricolore d’origine, le capital de l’entreprise s’est largement construit auprès de bailleurs de fonds américains, allant du fonds new-yorkais Lux Capital jusqu’à des personnalités comme le basketteur professionnel Kevin Durant. L’entreprise a également renforcé son empreinte en France en faisant l’acquisition, en 2025, de la société bordelaise Pollen Robotics. Une bonne partie de l’équipe est française, a souligné le cofondateur Clément Delangue lors d’un point de presse téléphonique.
Cette cession vers un géant d’outre-Atlantique a toutefois suscité des réactions institutionnelles en France. Avant l’officialisation de l’accord, le ministre français de l’Economie, Roland Lescure, avait publiquement exprimé ses regrets face à la fuite potentielle des pépites européennes : Si nous ne mettons pas assez de capitaux en Europe pour faire franchir des étapes à nos champions, ils iront les chercher ailleurs, a-t-il mis en garde.
L’engagement de l’open source et la stratégie de Nvidia
Jalouse de son indépendance, la plateforme avait opposé un refus catégorique à plusieurs offres d’acquisition par le passé. Si elle a finalement cédé aux avances du fabricant de cartes graphiques, c’est en raison des garanties apportées sur le maintien de sa philosophie collaborative.
Photo: BFM
« Journée excitante pour NVIDIA et @huggingface, a partagé sur X Jensen Huang, le Pdg de Nvidia. Les modèles ouverts renforcent la sécurité et la cybersécurité, accélèrent l’innovation et la diffusion, et permettent la souveraineté. Merci @ClementDelangue d’être venu me voir. »
Le rachat de Hugging Face par NVIDIA est une mauvaise nouvelle pour l'open source
Jensen Huang, directeur général de Nvidia
Le patron du géant des puces a tenu à rassurer la communauté des développeurs : la plateforme restera ouverte. Les utilisateurs conserveront la liberté de choisir leurs frameworks, leurs modèles, leurs clouds et leurs fournisseurs de calcul sans aucune obligation d’utiliser le matériel informatique de Nvidia. L’entreprise acquise représente ainsi une pièce maîtresse pour s’intégrer directement auprès des créateurs de technologies, à l’heure où les modèles ouverts gagnent du terrain face aux solutions propriétaires d’acteurs comme OpenAI, Anthropic ou Google.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.