Un nouveau modèle de soins de santé primaires, axé sur un accès facilité et une rémunération plus juste des médecins généralistes, pourrait à la fois améliorer la santé des Américains et réduire les coûts globaux, selon une analyse récente. Cette proposition audacieuse vise à repenser en profondeur le financement et l’organisation des soins de première ligne.
L’idée maîtresse consiste à attribuer à chaque Américain un médecin traitant, financé par un chèque santé d’une valeur moyenne de 2 000 $ (environ 1 850 €) – un montant ajusté en fonction de l’âge, de l’état de santé et de la localisation géographique. Chaque médecin généraliste prendrait en charge en moyenne 600 patients.
Selon son promoteur, ce système permettrait non seulement de désengorger les services d’urgence et de réduire les hospitalisations, mais aussi de revaloriser la profession de médecin généraliste. Il estime qu’il serait possible de rémunérer ces médecins à un niveau comparable à celui des spécialistes, soit environ 500 000 $ (environ 460 000 €) par an. Un tel changement pourrait inciter de nombreux médecins spécialistes, urgentistes ou hospitaliers, à se reconvertir dans les soins primaires. De plus, les 400 000 infirmiers praticiens aux États-Unis pourraient être mieux utilisés.
« Les médecins savent qu’ils sont coincés dans le système actuel », explique l’analyste. « Cela leur permettrait de pratiquer comme ils le souhaitent et de se rappeler pourquoi ils se sont lancés dans la médecine en premier lieu : prendre soin de leurs patients de manière holistique. »
Le système nécessiterait environ 600 000 médecins de soins primaires pour fonctionner. Bien que cela doublerait les dépenses consacrées à ce secteur, l’auteur de l’analyse estime que cela entraînerait une baisse globale des coûts de santé, notamment grâce à une meilleure prévention et une prise en charge plus précoce des problèmes de santé. Une étude de Milliman, citée dans l’analyse, soutiendrait cette hypothèse.
L’un des principaux défis de cette proposition réside dans sa mise en œuvre. Il faudrait d’abord gérer la transition et, surtout, s’attaquer à l’influence des principaux acteurs du secteur : les grands groupes hospitaliers et leurs spécialistes, les assureurs maladie et les entreprises pharmaceutiques et de dispositifs médicaux.
L’analyste est convaincu que l’idée pourrait séduire aussi bien les médecins que le grand public. Les patients, confrontés à des délais d’attente interminables pour obtenir un rendez-vous, bénéficieraient d’un accès plus facile aux soins primaires. Ils seraient également moins exposés aux pratiques jugées abusives des assureurs et des grandes entreprises pharmaceutiques.
Une préoccupation potentielle concerne le risque que les médecins traitants soient incités à limiter les orientations vers des spécialistes, afin de réduire les coûts. Pour éviter cela, le système proposé exclurait toute forme de capitation globale ou de partage des risques pour les médecins généralistes. Ils seraient donc libres de recommander les soins spécialisés nécessaires, sans craindre de pénalités financières.
Dans ce nouveau modèle, les compagnies d’assurance ne seraient plus impliquées dans la gestion des soins primaires. Il n’y aurait plus de factures à envoyer, de demandes de remboursement à traiter ou de contrôle de l’utilisation des soins. L’argent serait directement versé aux médecins généralistes, qui seraient responsables de la gestion de leurs cabinets et de la qualité des soins prodigués.
Ce système encouragerait l’innovation. Les médecins généralistes disposeraient d’un budget de 2 000 $ par patient pour mettre en place des programmes de surveillance à distance, utiliser l’intelligence artificielle, recruter des assistants et des infirmiers, etc.
L’analyste cite l’exemple du système Nuka en Alaska, qui a réussi à transformer un système bureaucratique et coûteux en un modèle de soins de santé axé sur les besoins des patients et offrant de meilleurs résultats à moindre coût. Il souligne également qu’il existe d’autres approches similaires aux États-Unis, mais qu’elles ont été freinées par les intérêts des acteurs en place.
Pour financer ce système, il propose de réaffecter les fonds actuellement consacrés aux soins de santé, de puiser dans les réserves des assureurs et des hôpitaux, et d’instaurer une taxe sur la fortune des milliardaires. Il reconnaît que cette réforme nécessiterait une volonté politique forte et une approche progressive, en commençant par identifier les hôpitaux qui pourraient être les plus affectés par ce changement.
Il envisage également de négocier avec les grands hôpitaux et les spécialistes pour les inciter à adopter un budget global, ce qui réduirait leur dépendance aux soins primaires comme source de patients pour leurs services coûteux. Enfin, il propose de réformer la réglementation des médicaments et des dispositifs médicaux, en intégrant une évaluation du rapport coût-efficacité et en instaurant une tarification transparente.