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Abdelhadi Belkhayat, La vie aux chants

by Antoine Girard

Publié le 5 octobre 2024 11h28. Abdelhadi Belkhayat, figure emblématique de la musique marocaine, a marqué des générations par sa voix unique et son élégance. Après une carrière florissante, il s’est retiré de la scène, mais continue d’interpeller son public par sa spiritualité et son héritage artistique.

  • Abdelhadi Belkhayat a connu son apogée dans les années 1960 et 1980, incarnant l’élégance vocale d’un Maroc en pleine mutation.
  • Son répertoire, riche et varié, comprend des titres emblématiques tels que « Ya El Bouhali », « Matakchi Biya » et « Kitar Al Hayat ».
  • Après un retrait progressif, il est revenu sur scène en 2015 lors du festival Mawazine, offrant un récital de chants spirituels et de poésie religieuse.

Abdelhadi Belkhayat, dont la carrière s’étend sur plusieurs décennies, a su captiver un large public grâce à une voix grave et enveloppante, empreinte d’une profonde émotion. Il a su exprimer l’amour, la douleur et les complexités de la vie à travers ses chansons, avant de découvrir, selon ses propres termes, que le silence pouvait être la forme de chant la plus authentique.

« J’ai chanté l’amour, la douleur, la vie… Puis, un jour, j’ai compris que le silence pouvait être le chant le plus vrai. Quand on se retire, ce n’est pas pour fuir, mais pour écouter ce que la musique ne peut plus dire. »

Abdelhadi Belkhayat

Son parcours artistique a été jalonné de collaborations prestigieuses avec des auteurs-compositeurs tels qu’Ahmed Taïeb El Alj, Abderrafiî Jaouhari, Ali Haddani, Abdessalam Amer et Abderrahim Essakat. Ces rencontres ont contribué à façonner la facette classique et romantique qui a fait sa renommée. Il a également exploré le cinéma, participant à deux films égyptiens réalisés par Abdallah Mesbahi, « Silence sens interdit » (1973) et « Où cachez-vous le soleil? » (1979), aux côtés d’Abdelwahab Doukkali.

Un épisode révélateur illustre sa générosité et son sens de l’opportunité. Alors que Samira Bensaïd achevait son premier séjour en Égypte, une séance d’enregistrement avec la jeune chanteuse, écrite par Hassan Kadmiri, se soldait par un échec. Kadmiri, exaspéré, menaçait de retirer sa composition. C’est alors qu’Abdelhadi Belkhayat, alerté par son ami Ali Haddani, l’auteur des paroles du futur tube « Matakchi Biya », intervient et s’empare de la chanson, offrant ainsi à son ami une occasion inespérée.

Son retrait de la scène, opéré en deux temps, a été perçu par certains comme une fuite, mais il s’agissait en réalité d’une quête de silence et de spiritualité. Il a confirmé cette nouvelle orientation en 2015, lors d’un récital exceptionnel au Théâtre Mohammed V de Rabat, dans le cadre du festival Mawazine Rythmes du Monde. Ce concert, dédié aux chants spirituels, aux poésies religieuses et aux invocations soufies, a témoigné de sa profonde foi et de son engagement spirituel.

L’œuvre d’Abdelhadi Belkhayat, composée de titres tels que « Ya El Bouhali », « Kitar Al Hayat », « Matakchi Biya », « Ya Bent Ennass », « Sannara » et « Al Kamar Al Ahmar », continue de résonner auprès de plusieurs générations d’auditeurs, témoignant de la pérennité de son talent et de la richesse de son héritage musical.

Sa voix, qualifiée de “magique” par ses admirateurs, restera à jamais gravée dans les mémoires comme l’expression d’une âme sensible et d’un artiste intemporel.

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