La consommation de certains conservateurs alimentaires pourrait augmenter le risque de cancer et de diabète de type 2, selon deux études récentes publiées dans la revue Le BMJ. Ces recherches, menées sur plus de 100 000 adultes, soulignent la nécessité d’une alimentation plus fraîche et moins transformée.
Les conservateurs sont omniprésents dans notre alimentation : bonbons, biscuits, charcuteries, boissons, plats surgelés… Plus de 700 000 des 3,5 millions d’aliments et de boissons répertoriés dans la base de données Open Food Facts World en 2024 en contiennent. Si ces additifs prolongent la durée de conservation des produits, des études expérimentales suggèrent qu’ils pourraient avoir des effets néfastes sur les cellules, l’ADN et le métabolisme.
L’étude, menée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inrae, de l’université Sorbonne Paris Nord, de l’université Paris Cité et du Cnam, s’est appuyée sur les données de l’étude NutriNet-Santé, qui suit plus de 100 000 adultes. Les participants ont détaillé leurs habitudes alimentaires, leur mode de vie et leur état de santé, en précisant les marques des produits industriels consommés.
Les résultats ont révélé qu’au cours de la période de suivi, 4 226 participants ont reçu un diagnostic de cancer (1 208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate, 352 cancers colorectaux et 2 158 autres cancers). L’étude a identifié des liens spécifiques entre certains conservateurs et des types de cancer :
- Les sorbates, notamment le sorbate de potassium, augmentent le risque global de cancer de 14 % et celui du sein de 26 %.
- Les sulfites sont associés à une augmentation de 12 % du risque global de cancer.
- Le nitrite de sodium est associé à une augmentation de 32 % du risque de cancer de la prostate, tandis que le nitrate de potassium est associé à une augmentation du risque de cancer en général (13 %) et de cancer du sein (22 %).
- Les acétates sont également associés à un risque plus élevé de cancer global (15 %) et/ou de cancer du sein (25 %), tandis que l’acide acétique est associé à une augmentation de 12 % du risque de cancer en général.
- Les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium spécifique sont associés à une incidence plus élevée de cancer au global (12 %) et du sein (21 %).
Parallèlement, entre 2009 et 2023, 1 131 cas de diabète de type 2 ont été identifiés parmi les participants à l’étude. Une consommation plus élevée d’additifs conservateurs, qu’ils soient antioxydants ou non, était associée à une incidence accrue de diabète de type 2, respectivement de 47 %, 49 % et 40 %, par rapport aux plus faibles niveaux de consommation. Douze des 17 conservateurs étudiés individuellement ont été liés à un risque accru de diabète de type 2, notamment le sorbate de potassium (E202), l’acide citrique (E330), le nitrite de sodium (E250), l’acide acétique (E260) et les extraits de romarin (E392).
« Ces nouvelles données s’ajoutent à d’autres en faveur d’une réévaluation des réglementations régissant l’utilisation générale des additifs alimentaires par l’industrie alimentaire afin d’améliorer la protection des consommateurs », affirme Anaïs Hasenböhler, doctorante à l’Eren.
Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm et coordinatrice de ces travaux, souligne qu’il s’agit des premières études au monde sur les liens entre additifs conservateurs et incidence de cancer et de diabète de type 2. « Ces travaux justifient une fois de plus les recommandations du Programme national Nutrition santé faites aux consommateurs de privilégier les aliments frais et peu transformés et de limiter autant que possible les additifs superflus », ajoute-t-elle.
Le Dr Boris Hansel, endocrinologue-nutritionniste, nuance ces conclusions. « L’épidémiologie dresse des associations, pas des conclusions », rappelle-t-il, soulignant qu’il est important de ne pas tirer de conclusions hâtives. Il explique que les études précliniques montrent une légère diminution de la réponse des organes sensibles à l’insuline (muscles, foie) après la consommation de conservateurs, ainsi que des liens avec l’inflammation, un facteur de risque pour le diabète. Concernant les cancers, le niveau de preuve est relativement élevé pour les nitrites, notamment en ce qui concerne les viandes transformées, déjà classées comme cancérigènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer.
Face à ces résultats, le Dr Hansel invite à réduire sa consommation d’aliments transformés, même sans bouleverser complètement ses habitudes. « Une réduction de 10 % des aliments transformés correspond d’ailleurs à une réduction de 10 à 20 % des risques », précise-t-il, tout en rappelant que l’alimentation n’est pas le seul facteur de risque, et qu’il est important de prendre en compte la sédentarité, le manque de sommeil et la consommation d’alcool. « On ne parle pas assez de l’alcool, qui tue, ni des fruits et légumes qui protègent », conclut-il, insistant sur la nécessité d’un message simple et fondamental pour les consommateurs.
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