Publié le 24 mai 2024 à 18h30. Longtemps diabolisées, les chauves-souris sont en réalité des réservoirs exceptionnels de virus, une particularité qui ne relève ni du hasard, ni de la superstition, mais d’une histoire évolutive unique et d’une adaptation remarquable aux agents pathogènes.
- Les chauves-souris, deuxième groupe de mammifères le plus diversifié après les rongeurs, abritent une incroyable variété de virus, dont certains peuvent affecter l’homme.
- Leur capacité à coexister avec ces virus est due à une longue histoire d’exposition et de sélection génétique, favorisant des systèmes immunitaires robustes.
- La perturbation de leur habitat est un facteur clé dans l’émergence de nouveaux agents pathogènes et représente un risque accru pour la santé humaine.
Les chauves-souris souffrent d’une mauvaise réputation, alimentée par leur association avec les épidémies et les mythes effrayants, notamment celui des vampires. Pourtant, ces mammifères volants sont des acteurs essentiels de nombreux écosystèmes et jouent un rôle crucial dans l’agriculture, en participant activement aux réseaux alimentaires. Leur comportement, souvent décrit comme méticuleux, rappelle celui des chats, loin de l’image sinistre qui leur est souvent attribuée.
Alors, pourquoi les chauves-souris sont-elles si souvent pointées du doigt lorsqu’il s’agit d’épidémies ? La réponse, selon Jim Wellehan, vétérinaire et membre de l’Institut des pathogènes émergents de l’Université de Floride, ne réside pas dans une quelconque « magie noire », mais dans leur histoire évolutive particulière.
« Les maladies infectieuses ont été le facteur le plus important dans toute l’évolution. Les gens cherchent toujours une explication pour justifier pourquoi les chauves-souris seraient spéciales, mais la vérité est qu’elles ont simplement été exposées à beaucoup de choses et sélectionnées en conséquence pour ces gènes. »
Jim Wellehan, vétérinaire et professeur au Collège de médecine vétérinaire de l’Université de Floride
Avec plus de 1 400 espèces, les chauves-souris représentent 20 % de toutes les espèces de mammifères. Cette diversité se reflète dans la richesse des agents pathogènes qu’elles hébergent. Ces animaux existent sur Terre depuis plus de 50 millions d’années, ce qui a donné aux virus amplement le temps d’évoluer en parallèle avec leurs hôtes ailés. Ebola, le virus Hendra, le virus Nipah et le SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19, sont autant d’exemples de virus portés par les chauves-souris.
Le vol, qui confère aux chauves-souris de nombreux avantages – échapper aux prédateurs, accéder à de nouvelles sources de nourriture, coloniser différents habitats – augmente également le risque de transmission rapide des agents pathogènes. Leur capacité à parcourir de longues distances et à franchir les barrières géographiques, combinée à leur comportement social et à leurs habitudes de toilettage mutuel, favorise la propagation des virus.
Wellehan souligne que l’évolution ne récompense pas nécessairement les plus forts ou les plus intelligents, mais plutôt ceux qui possèdent la plus grande diversité génétique, notamment au niveau du système immunitaire. Les chauves-souris, grâce à leurs taux élevés de mélange et de contact, ont développé une immunité plus diversifiée que de nombreux autres animaux.
Il est important de noter que les chauves-souris ne sont pas à l’abri de toutes les maladies. Elles peuvent contracter des lyssavirus, dont la rage, et sont également menacées par la maladie du nez blanc, une infection fongique qui affecte les chauves-souris en hibernation et qui suscite de vives inquiétudes aux États-Unis depuis une dizaine d’années.
Cependant, la principale menace pour la santé humaine ne vient pas directement des chauves-souris, mais de la perturbation de leur habitat. La destruction de leur environnement naturel les stresse et modifie les équilibres écologiques, favorisant ainsi les sauts zoonotiques – le passage de virus des animaux aux humains.
« La transmission des agents pathogènes aux humains et les efforts de conservation sont indissociables. Lorsque les populations sont soumises à un stress, les équilibres écologiques se modifient et des sauts zoonotiques se produisent. Il s’avère que si nous nous considérons comme quelque chose de séparé de la nature, cela ne fonctionne pas très bien. »
Jim Wellehan, vétérinaire et professeur au Collège de médecine vétérinaire de l’Université de Floride
Ainsi, derrière l’image souvent effrayante des chauves-souris se cache une histoire d’évolution et de résilience, façonnée par des millions d’années d’adaptation aux virus, bien loin des légendes sombres qui les entourent.
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