Publié le 25 octobre 2025 à 03h42. L’Union européenne est confrontée à des divisions sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer l’aide militaire à l’Ukraine, suscitant des craintes quant à la stabilité financière et des menaces de représailles de Moscou.
- L’UE envisage d’utiliser les intérêts des avoirs russes gelés, estimés à 140 milliards d’euros, pour aider l’Ukraine à se défendre et à acquérir des armes européennes.
- Des inquiétudes subsistent quant aux risques juridiques et à l’impact potentiel sur la confiance des investisseurs étrangers, notamment en Belgique où se trouve une part importante de ces avoirs.
- La Russie a averti qu’elle réagirait de manière « douloureuse » à toute confiscation de ses actifs, menaçant de représailles contre les entreprises occidentales.
Le débat sur l’utilisation des avoirs russes gelés pour soutenir l’Ukraine a atteint un point critique lors du récent sommet européen. Initialement, l’idée était de mettre à disposition de Kyiv l’ensemble des intérêts générés par ces fonds, bloqués depuis le début de la guerre, afin de compenser la diminution de l’aide financière américaine, potentiellement compromise par l’élection de Donald Trump. L’UE souhaitait ainsi proposer une « caution de réparation », l’argent n’étant remboursé à la Russie que si des accords de paix impliquant des réparations étaient conclus.
Cependant, cette proposition se heurte à des résistances croissantes. Les critiques craignent que cette approche ne mette en péril la réputation de l’Europe en tant que destination sûre pour les investissements étrangers. Des investisseurs, notamment ceux de la région arabe, pourraient être dissuadés d’investir en Europe par crainte de voir leurs actifs gelés ou confisqués à l’avenir. La Belgique, où se trouve une part importante des avoirs russes (environ 140 milliards d’euros) gérés par l’institution financière Euroclear, est particulièrement préoccupée.
Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a exprimé sa crainte que la Belgique ne devienne une cible de représailles russes.
« S’ils enlèvent l’argent de Poutine, il enlèvera notre argent. »
Bart De Wever, Premier ministre belge
Cette inquiétude est partagée par les entreprises allemandes, qui craignent également des conséquences négatives.
Moscou a déjà menacé de réagir avec force à toute tentative de confiscation de ses avoirs. Marija Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a dénoncé un « vol ». Parallèlement, plus de 100 milliards d’euros d’actifs d’entreprises occidentales en Russie sont également bloqués, ce qui pourrait être utilisé comme levier de représailles.
La Chambre de commerce germano-russe a averti que toute mesure affectant ces actifs pourrait avoir des conséquences importantes pour les entreprises allemandes, notamment celles opérant dans les secteurs de l’énergie, de la pharmacie et de l’électroménager. Matthias Schepp, président de la Chambre, a souligné que l’Allemagne a investi massivement en Russie et serait donc particulièrement touchée par l’utilisation des fonds russes pour financer l’Ukraine.
« L’Allemagne a investi en Russie comme aucun autre pays. Par conséquent, l’utilisation prévue des fonds de la banque centrale russe pour l’achat d’armes a le plus à perdre. »
Matthias Schepp, président de la Chambre de commerce germano-russe
Pour l’heure, aucune décision définitive n’a été prise. Le sommet européen s’est conclu sans accord sur l’utilisation des avoirs russes. La Commission européenne a simplement été chargée de présenter rapidement de nouvelles options pour soutenir financièrement l’Ukraine. Une nouvelle décision pourrait être envisagée lors du prochain sommet européen en décembre. La Commission devra également examiner d’autres moyens de garantir le financement de l’Ukraine pour 2026 et 2027, à la demande de la Belgique.
avec DPA, Reuters et AFP
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