Publié le 14 novembre 2025 à 05h00. Vingt ans après avoir alerté le monde sur les dangers du changement climatique avec son documentaire Une vérité qui dérange, Al Gore tempère le ton et appelle à ne pas céder à la panique, malgré le retour sur le devant de la scène de Donald Trump.
- Al Gore minimise l’impact d’un éventuel retour de Donald Trump à la Maison Blanche sur la lutte contre le changement climatique, soulignant que les autres nations peuvent continuer à agir.
- L’ancien vice-président américain insiste sur la nécessité d’une action collective et appelle à une réforme de la Conférence des Parties sur le climat (COP).
- Il critique également les déclarations de Bill Gates, qui juge que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne devrait plus être une priorité.
Belém (Brésil) – Al Gore, figure emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique, a tenu à rassurer lors d’un événement organisé dans le cadre de la COP30, qui se tient actuellement à Belém. Alors que le spectre d’un retour de Donald Trump à la présidence américaine plane, l’ancien vice-président a estimé qu’il ne fallait pas céder à l’alarmisme.
« Un de mes amis m’a dit qu’il y avait une équation à retenir », a-t-il déclaré, citant l’Accord de Paris sur le climat, signé par 195 pays en 2015. « Un seul s’est retiré. 195 moins un n’est pas égal à zéro. C’est malheureux, c’est regrettable, mais n’y réagissons pas de manière excessive. »
Al Gore a qualifié Donald Trump de « roi Canut des temps modernes », en référence au roi légendaire qui aurait ordonné à la mer de reculer. Donald Trump tenterait, selon lui, de freiner l’essor des énergies renouvelables et des technologies vertes, mais en vain. « C’est imparable », a-t-il affirmé.
L’ancien vice-président a estimé qu’une nouvelle ère s’ouvrait, permettant à d’autres nations de prendre l’initiative en matière de climat et de multilatéralisme. Il n’a toutefois pas précisé quel pays pourrait prendre la tête de ce mouvement. Il a souligné que l’Union européenne, bien que dotée de valeurs fondamentales respectées dans le monde, souffrait d’un manque de cohésion et d’un leadership fort. Quant à la Chine, elle ne bénéficierait pas de la confiance nécessaire en raison de ses valeurs différentes.
Al Gore a également plaidé pour une réforme en profondeur de la COP, qu’il a qualifiée de « farfelue ». Il propose notamment d’interdire l’accès aux délégués des industries fossiles, de laisser à l’ONU le soin de choisir le pays hôte – l’COP31 fait actuellement l’objet de convoitises entre l’Australie et la Turquie – et de remplacer le principe du consensus par un vote à la majorité simple pour la prise de décisions.
Il a également vivement critiqué les récentes déclarations de Bill Gates, qui avait estimé que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne devait plus être une priorité, au profit de la santé humaine. Ce point de vue, qui a suscité l’inquiétude, a été jugé « stupide » par Al Gore, qui a rappelé que l’Organisation mondiale de la santé considère le changement climatique comme le plus grand risque pour la santé humaine.
Son projet Climate Trace, une plateforme numérique ouverte cartographiant les principales sources d’émissions à l’échelle mondiale, a récemment intégré des données sur la pollution atmosphérique afin de souligner les dangers combinés de ces deux phénomènes.
Enfin, Al Gore a abordé la question de l’intelligence artificielle (IA), dont l’essor rapide suscite des inquiétudes quant à sa consommation d’énergie. Il a toutefois relativisé ces craintes, soulignant que les émissions liées à l’IA restent inférieures à celles produites par les déchets en décomposition dans les décharges à ciel ouvert, qui pourraient être facilement confinées.
Lors de son intervention, Al Gore a également lancé un appel à l’action, se présentant comme un recruteur. « Je suis ici pour vous recruter », a-t-il déclaré. « Nous gagnons, mais pas assez vite. » Interrogé sur une éventuelle candidature à la présidence américaine en 2028, il a répondu qu’il y avait de « bons jeunes démocrates » dans les rangs et qu’il ne ressentait pas le besoin d’un autre candidat septuagénaire.
Il a conclu en plaisantant sur l’impact de son documentaire Une vérité qui dérange, sorti en 2006 : « Oui, parce que sans moi, nous aurions peut-être un gros problème. »
