Home SantéAlarme alors que le CDC réclame des vaccins ROR séparés malgré l’épidémie de rougeole | Soins de santé aux États-Unis

Alarme alors que le CDC réclame des vaccins ROR séparés malgré l’épidémie de rougeole | Soins de santé aux États-Unis

by Sophie Martin

Publié le 9 octobre 2025 à 12h02. L’administration américaine réexamine la stratégie vaccinale contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), suscitant l’inquiétude des experts qui craignent une remise en question des protocoles établis et une potentielle baisse de la couverture vaccinale.

  • Jim O’Neill, un haut responsable du département de la Santé américain, a appelé au développement de vaccins individuels contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, remettant en question l’efficacité du vaccin combiné actuel.
  • Cette initiative intervient sur fond de résurgence de la rougeole aux États-Unis et s’inscrit dans une démarche plus large de l’administration Trump visant à réévaluer les politiques vaccinales.
  • Des experts en santé publique mettent en garde contre les conséquences potentiellement négatives d’une telle modification, notamment une augmentation des coûts, une complexité accrue des calendriers de vaccination et une diminution de l’observance vaccinale.

La demande de vaccins monovalents, c’est-à-dire administrés séparément pour chaque maladie, a été formulée par Jim O’Neill, secrétaire adjoint du département américain de la Santé et des Services sociaux (HHS) et directeur par intérim des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Dans un message publié sur X (anciennement Twitter) le 26 septembre, il a évoqué des propos de Donald Trump appelant à éviter les vaccins « mixtes » et à retarder la vaccination contre l’hépatite B.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte particulier : les États-Unis connaissent actuellement leur plus grave épidémie de rougeole depuis des décennies. Le vaccin ROR combiné, utilisé depuis des années, a fait ses preuves en matière de sécurité et d’efficacité, grâce à des décennies de recherche. De nombreux vaccins du calendrier vaccinal pédiatrique sont d’ailleurs combinés afin de réduire le nombre d’injections nécessaires.

Cependant, l’idée de séparer les vaccins soulève de vives critiques. Jason Schwartz, professeur à la Yale School of Public Health, estime qu’une telle démarche serait

« une action remarquablement compliquée, longue et coûteuse, mais surtout inutile. »

Jason Schwartz, professeur à la Yale School of Public Health

Il souligne que la multiplication des visites chez le pédiatre rendrait la vaccination plus onéreuse et plus difficile à suivre pour les parents, ce qui pourrait entraîner une baisse de la couverture vaccinale.

Paul Offit, directeur du Vaccine Education Center de l’hôpital pour enfants de Philadelphie et co-inventeur d’un vaccin contre le rotavirus, abonde dans le même sens :

« Ne sert à rien. »

Paul Offit, directeur du Vaccine Education Center

Il rappelle que certains vaccins, comme celui contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTaP), sont uniquement disponibles en formulation combinée.

Les fabricants de vaccins, Merck et GSK, ont affirmé qu’il n’existait aucune preuve scientifique justifiant la séparation des vaccins ROR. Ils soulignent également que les vaccins combinés contribuent à faciliter et à réduire le coût de la vaccination. Selon eux, le développement de vaccins individuels nécessiterait de nouvelles études cliniques coûteuses et complexes, un processus jugé « inimaginable » par Jason Schwartz.

L’idée de séparer les vaccins est également jugée éthiquement problématique. Angela Rasmussen, virologue à la Vaccine and Infectious Disease Organization de l’Université de la Saskatchewan, explique que cela reviendrait à

« exposer les nourrissons à des maladies potentiellement mortelles. »

Angela Rasmussen, virologue à la Vaccine and Infectious Disease Organization

Elle estime qu’aucun comité d’éthique ne donnerait son accord pour de telles études.

La réunion du comité consultatif du CDC sur les pratiques de vaccination (ACIP), initialement prévue les 22 et 23 octobre, a été reportée à une date indéterminée. L’avenir de ces discussions reste incertain, mais les experts craignent que l’ACIP ne se prononce en faveur de vaccins individuels, alors qu’aucun vaccin monovalent approuvé n’est actuellement disponible. Paul Offit se montre particulièrement pessimiste, estimant que les décisions de l’ACIP ne sont plus basées sur des données scientifiques, mais sur des « conceptions anti-vaccinales ».

Cette polémique intervient alors que l’ACIP a récemment voté en faveur de la suppression de la recommandation relative au vaccin combiné ROR et varicelle, une décision qui a déjà créé de la confusion parmi les patients et les professionnels de santé. Les experts mettent en garde contre les conséquences négatives d’une complexification accrue du processus de vaccination, qui pourrait entraîner une baisse de la couverture vaccinale et une résurgence de maladies évitables.

Pour en savoir plus sur les recommandations vaccinales, vous pouvez consulter le site web du comité consultatif du CDC sur les pratiques de vaccination (ACIP).

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