Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une consommation élevée d’aliments ultra-transformés pourrait augmenter le risque de développer des lésions précancéreuses du côlon et du rectum, selon une étude américaine récente. Les chercheurs soulignent l’importance d’une alimentation de qualité pour prévenir l’incidence croissante de ce type de cancer, qui touche de plus en plus de jeunes adultes.
- Une étude menée auprès de près de 30 000 infirmières a révélé que les femmes consommant le plus d’aliments ultra-transformés avaient un risque 45 % plus élevé de développer des adénomes conventionnels, des précurseurs du cancer colorectal.
- Les participantes ayant une alimentation riche en produits ultra-transformés présentaient également des apports plus faibles en fibres, en folate, en calcium et en vitamine D.
- Les résultats suggèrent que les aliments ultra-transformés pourraient perturber le microbiote intestinal et favoriser l’inflammation, contribuant ainsi au développement du cancer colorectal.
L’incidence du cancer colorectal chez les moins de 50 ans est en augmentation dans les pays à revenu élevé, notamment aux États-Unis. Ce phénomène, qui touche même les personnes sans antécédents familiaux ni prédisposition génétique, interroge les chercheurs sur les facteurs de risque modifiables liés au mode de vie et à l’alimentation. La consommation d’aliments ultra-transformés (AUP), qui représente près de 60 % de l’apport énergétique des adultes américains, est désormais au cœur des préoccupations.
Pour mieux comprendre ce lien, le Dr Chen Wang, de la Harvard T.H. Chan School of Public Health et du Massachusetts General Hospital, et son équipe ont analysé les données de la Nurses’ Health Study II, une vaste étude prospective impliquant 29 105 infirmières autorisées. Entre 1991 et 2015, les participantes ont été suivies, en particulier celles ayant subi au moins une coloscopie avant l’âge de 50 ans. L’apport alimentaire a été évalué tous les quatre ans à l’aide de questionnaires validés, et les aliments ont été classés selon le système Nova en non transformés, transformés ou ultra-transformés.
L’étude s’est concentrée sur l’incidence des précurseurs du cancer colorectal, notamment les adénomes conventionnels et les lésions dentelées, confirmés par les dossiers médicaux et les rapports de pathologie. Les chercheurs ont utilisé des modèles de régression logistique multivariés pour évaluer la relation entre la consommation d’AUP et le risque de ces lésions, en tenant compte de facteurs de risque connus tels que l’indice de masse corporelle (IMC), le diabète de type 2, le tabagisme, l’activité physique et la qualité globale de l’alimentation.
Les résultats ont montré qu’une consommation plus élevée d’AUP était associée à un risque accru d’adénomes conventionnels. Les femmes du quintile supérieur de consommation d’AUP présentaient un risque 45 % plus élevé de développer ces lésions que celles du quintile inférieur (rapport de cotes ajusté [AOR] 1,45 ; intervalle de confiance à 95 %, 1,19-1,77 ; P < 0,001). Aucune association significative n'a été observée avec les lésions dentelées. Le risque n'a pas varié en fonction des quintiles de consommation d'AUP (AOR, 1,04 ; IC à 95 %, 0,89-1,22).
L’étude a également révélé que les participantes consommant le plus d’AUP avaient tendance à avoir une alimentation moins riche en fibres, en folate, en calcium et en vitamine D, ainsi qu’un score inférieur à l’Alternative Healthy Eating Index-2010. Elles étaient également plus susceptibles d’avoir un IMC plus élevé, d’être fumeuses, de souffrir de diabète de type 2 et de subir des coloscopies en raison de symptômes, tout en étant moins susceptibles de prendre des multivitamines ou de se soumettre à des coloscopies de dépistage.
Le cancer colorectal précoce est de plus en plus reconnu comme une entité clinique distincte, touchant souvent des adultes plus jeunes sans facteurs de risque traditionnels. Identifier les facteurs modifiables est donc essentiel pour mettre en place des stratégies de prévention efficaces. Le Dr Wang souligne que les AUP pourraient contribuer à la carcinogenèse colorectale en perturbant le microbiote intestinal, en favorisant l’inflammation et en réduisant l’apport de nutriments protecteurs. Il suggère que soutenir les initiatives visant à améliorer la qualité de l’alimentation pourrait être une approche préventive pertinente.
En se concentrant sur les précurseurs du cancer, cette étude apporte un éclairage nouveau sur l’influence de l’alimentation sur le développement de la tumorigenèse. Compte tenu de la prévalence croissante du cancer colorectal précoce, améliorer la qualité de l’alimentation représente une approche de prévention à la fois pratique et fondée sur des données probantes.
