De nombreuses familles sont confrontées à des difficultés pour assurer une bonne hygiène bucco-dentaire à leurs enfants atteints d’autisme. Des adaptations simples de la part des professionnels de santé peuvent transformer une visite chez le dentiste, souvent source d’anxiété, en une expérience positive.
Plusieurs études mettent en évidence une santé dentaire plus fragile chez les personnes autistes, en particulier chez les enfants. Cette situation s’explique par divers facteurs : une sensibilité tactile accrue, rendant les manipulations buccales inconfortables, des difficultés à réaliser correctement le brossage des dents, et surtout, l’appréhension liée au contexte du cabinet dentaire, perçu comme hostile.
Le Dr Camino González, orthodontiste exerçant à León, travaille régulièrement avec des patients autistes et connaît bien les défis que cela représente. « Ce sont des patients qui présentent généralement des altérations sensorielles, cognitives, émotionnelles et de communication », explique-t-il. « Une hypersensibilité acoustique est fréquente, et nos outils génèrent beaucoup de bruit, ce qui peut être douloureux pour eux. De même, l’hypersensibilité tactile rend difficile l’approche du dentiste, le contact avec le visage et la bouche, qui sont des zones particulièrement sensibles. L’éclairage intense, les odeurs fortes des antiseptiques et des médicaments peuvent également provoquer une détresse importante, voire des réactions défensives. »
L’environnement inconnu et la présence d’inconnus peuvent également être source de stress. « Ils ont souvent des antécédents médicaux importants et des expériences médicales négatives, ce qui engendre une peur anticipée de ces situations », ajoute le Dr González. Les difficultés cognitives et de communication compliquent la compréhension de ce qui se passe et de la nécessité des soins, suscitant peur, incertitude et inconfort, des émotions qu’ils ont souvent du mal à exprimer. « L’absence de dialogue avec le dentiste empêche l’établissement d’une relation de confiance et peut entraîner des réactions perturbatrices, comme des pleurs, des cris ou une tentative de fuite. »
Heureusement, des ajustements mineurs peuvent grandement améliorer l’expérience. Le Dr González souligne l’importance de la formation et de la sensibilité des praticiens. « J’ai suivi une formation spécialisée et je suis membre de sociétés scientifiques pour rester à la pointe des connaissances », précise-t-il. « Il existe aujourd’hui des formations en médecine dentaire pour les patients nécessitant une attention particulière, une médecine dentaire complète pour les patients médicalement fragilisés. »
Parmi les stratégies efficaces, il est recommandé d’accueillir chaleureusement le patient, de permettre la présence d’un accompagnant rassurant et d’autoriser l’enfant à apporter un objet familier. Le Dr González préconise également une première consultation dédiée à la familiarisation avec le cabinet, sans intervention immédiate. « Lors de ce premier contact, nous demandons aux parents de nous faire part de leurs expériences antérieures, des éventuelles expériences médicales négatives, des éléments qui peuvent dérégler l’enfant ou au contraire le calmer, et du soutien dont il a besoin. » Il est également conseillé de préparer l’enfant à l’avance à l’aide de supports visuels, de vidéos explicatives ou d’histoires.
Le jour du rendez-vous, il est préférable de choisir un moment calme, de préférence le matin, afin de minimiser l’attente et le bruit. Avant de commencer les soins, le dentiste doit montrer les instruments à l’enfant, lui permettre de les toucher et de les entendre. « En position assise, l’enfant se sent moins vulnérable qu’allongé », explique le Dr González. La patience est essentielle, et il peut être nécessaire de prévoir deux rendez-vous plutôt qu’un seul, afin de permettre des pauses si besoin.
De nombreuses familles retardent les visites chez le dentiste par crainte de mauvaises réactions ou de dérégulation. « Il est important de ne pas retarder ces visites », insiste le Dr González. « Plus l’enfant attend, plus le besoin de sédation sera probable, car il présentera des pathologies plus complexes. » Il existe des alternatives à la sédation, comme la désensibilisation progressive, qui permet de réaliser des soins simples dans un premier temps.
Daniela Canestrali témoigne de son expérience positive avec le Dr González. « J’avais retardé la deuxième visite de mon fils Diego par peur de problèmes de comportement. À 12 ans, nous ne pouvions plus attendre. On lui avait diagnostiqué une carie profonde et son état ne permettait pas de la soigner sans anesthésie générale. Le Dr González a été formidable. Elle a réalisé un traitement de canal avec sédation consciente, et tout s’est très bien passé. Depuis, il va chez le dentiste avec plaisir, sachant qu’il pourra ensuite jouer aux jeux vidéo sur mon téléphone. Il suit maintenant un traitement orthodontique invisible sans aucun problème. »
Le Dr González recommande aux parents de surmonter leurs propres peurs et de privilégier des visites précoces et régulières. « Ces patients ont le droit d’avoir une bonne santé bucco-dentaire. Les objectifs peuvent être différents, mais leur santé ne doit jamais être négligée. » L’accompagnement familial est crucial, et les professionnels de santé doivent faire preuve de sensibilité et d’ouverture d’esprit. « Savoir qu’ils seront compris nous met beaucoup plus à l’aise », souligne Daniela. « Il ne s’agit pas de stratégies complexes, mais simplement d’outils de base valables pour tous les enfants, et surtout, de patience. »
Carmen, mère d’Hector, partage cet avis : « Rechercher un professionnel connaissant l’autisme est toujours un plus, en raison de la patience et de la compréhension qu’il peut apporter. Il n’est pas nécessaire qu’il soit spécialisé dans l’autisme, mais il doit au moins avoir une connaissance de ces troubles et être sensible à des questions comme l’attente et la patience. » Ces petites attentions peuvent faire la différence entre une visite traumatisante et une simple consultation de routine.
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