Home AffairesAmerican Express est-elle le stock de crédit pour une économie en forme de K ?

American Express est-elle le stock de crédit pour une économie en forme de K ?

by Amélie Bernard

Les dépenses de consommation restent étonnamment robustes malgré un climat économique incertain, mais cette résilience profite surtout à American Express, dont l’action surperforme celle de ses concurrents Visa et Mastercard. L’entreprise, plus axée sur une clientèle aisée, semble mieux armée pour naviguer dans une période où la confiance des consommateurs est en berne.

Les taux de défaut de paiement sur les cartes de crédit augmentent, et la volatilité des marchés témoigne de la nervosité des investisseurs face aux inquiétudes économiques. Pourtant, les données de la Réserve fédérale indiquent une légère baisse des taux nets de débit des cartes de crédit dans les banques commerciales, atteignant 4,17 % – une diminution de près de 50 points de base par rapport à l’année précédente. Les résultats du troisième trimestre 2025 des trois principaux acteurs du secteur – American Express (AXP), Visa et Mastercard (MA) – révèlent une résistance inattendue de la consommation, malgré les obstacles tels que les droits de douane et les taux d’intérêt élevés.

American Express a annoncé le 17 octobre des résultats inférieurs aux attentes en termes de revenus, mais a affiché un bénéfice par action solide. Le chiffre d’affaires trimestriel a atteint un niveau record, et l’entreprise a revu à la hausse ses prévisions de croissance annuelle, anticipant désormais une progression de 9 à 10 %. Les défauts de paiement et les radiations restent inférieurs à ceux de 2019, grâce à une clientèle privilégiée, et les pertes sur créances ont diminué de 5 % en glissement annuel.

Visa, lors de sa publication du 28 octobre, a mis en avant une légère augmentation du bénéfice par action et une forte croissance de son chiffre d’affaires, en hausse de 11 % sur un an. Cependant, la société anticipe une croissance des revenus plus faible en 2026 et prévoit une augmentation de ses dépenses d’exploitation.

Mastercard a également publié le 30 octobre des résultats supérieurs aux attentes pour le troisième trimestre 2025, avec une croissance impressionnante de 15 % de son chiffre d’affaires sur un an. La migration de Capital One pourrait toutefois freiner sa croissance en 2026, et l’entreprise affiche une valorisation plus élevée que ses concurrents.

Les trois sociétés ont constaté des dépenses de consommation plus élevées que prévu, quel que soit le niveau de revenu, même si les consommateurs les plus modestes se montrent plus attentifs aux prix. Cette résilience des dépenses est un atout pour les entreprises financières qui perçoivent des frais de transaction. Cependant, American Express semble particulièrement bien positionnée pour en tirer parti.

L’entreprise se concentre sur une clientèle aisée, mais prend également plus de risques. L’économie prend une forme en « K », avec une forte disparité entre les consommateurs les plus riches, qui continuent de dépenser, et ceux des classes moyennes et inférieures, qui sont plus économes. Cette dynamique a commencé à se dessiner après l’annulation des tarifs douaniers par l’administration Trump en avril, et a entraîné un rebond des actions des sociétés de cartes de crédit en mai. American Express s’est démarquée dès juin.

American Express affiche des marges plus faibles que Visa ou Mastercard, car elle agit à la fois comme une banque et comme un émetteur de cartes. Visa et Mastercard se contentent d’émettre des cartes par l’intermédiaire des banques et de percevoir des frais sur les transactions, tandis qu’American Express prête directement de l’argent. Si un ralentissement économique affectait les clients les plus riches, American Express serait directement responsable des impayés, contrairement à Visa et Mastercard, qui transfèrent ce risque aux banques.

Visa et Mastercard, avec leur clientèle plus large, sont plus sensibles à un ralentissement des dépenses des consommateurs les plus modestes. De plus, elles affichent des valorisations plus élevées qu’American Express, avec des ratios cours/bénéfice (P/E) et cours/ventes (P/S) plus importants. Mastercard se négocie actuellement à plus de 33 fois les bénéfices prévisionnels et 15 fois les ventes, tandis que Visa affiche des ratios de 29 et 15 respectivement. American Express, avec des ratios de 23 et 3,5, apparaît donc plus attractive.

Depuis avril, l’action American Express a progressé de près de 40 %, portée par une valorisation plus attrayante, des revenus plus élevés et des vents économiques favorables. L’analyse technique du graphique boursier quotidien suggère que cette tendance pourrait se poursuivre, après la formation d’un croisement doré en juin et l’établissement d’un solide niveau de support le long de la moyenne mobile simple à 50 jours. Les investisseurs ont également observé une tendance à vendre lorsque l’indice de force relative (RSI) atteint des niveaux de surachat et à acheter lorsque la moyenne mobile à 50 jours est testée.

Pour que Visa ou Mastercard rattrapent American Express, il faudrait que la situation économique se détériore pour les salariés les mieux rémunérés, ou que la situation financière de l’entreprise se dégrade. À l’heure actuelle, aucun de ces scénarios ne semble imminent, ce qui laisse présager que American Express continuera de surperformer ses concurrents à court terme.

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