Publié le 30 octobre 2025 19:41:00. L’ancien président américain Donald Trump a annoncé son intention de relancer les essais nucléaires américains, une décision qui suscite des inquiétudes internationales et pourrait marquer un tournant dans la politique de dissuasion mondiale. Cette annonce intervient dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie et la Chine.
- Donald Trump a ordonné au Pentagone de préparer des essais d’armes nucléaires, en réponse aux programmes de test d’autres pays.
- Les États-Unis n’ont pas procédé à des essais nucléaires depuis 1992 et respectent un moratoire de plusieurs décennies.
- Cette décision suscite des réactions contrastées, avec des inquiétudes exprimées par la Chine, la Russie et certains membres du Congrès américain.
L’annonce de Donald Trump, faite sur son réseau social Truth Social, a pris de court de nombreux observateurs. Le type d’armes qui seront testées et les lieux des essais restent pour l’instant inconnus. L’ancien président a simplement déclaré avoir ordonné au Pentagone de lancer le processus « immédiatement ». Cette initiative intervient quelques jours avant une rencontre prévue avec le président chinois Xi Jinping en Corée du Sud, où Trump n’a pas souhaité répondre aux questions des journalistes sur ce sujet.
Selon Trump, ces essais sont nécessaires pour maintenir le rythme face aux puissances nucléaires rivales.
« Si d’autres font des tests, je pense qu’il est approprié que nous fassions de même. »
Donald Trump
L’annonce pourrait être une réaction aux récentes déclarations de la Russie, où le président Vladimir Poutine a annoncé le succès d’un essai du missile nucléaire à longue portée Burevestnik le 21 octobre. Il est cependant important de noter que l’essai russe concernait un nouveau système de lancement et non une explosion nucléaire en soi.
Les États-Unis, la Russie et la Chine sont les principales puissances nucléaires mondiales, suivies par le Royaume-Uni et la France. Le dernier essai nucléaire américain remonte au 23 septembre 1992, sur le site de sécurité nationale du Nevada. Depuis lors, ces pays ont respecté un moratoire sur les explosions nucléaires souterraines. Une reprise des essais par les États-Unis pourrait inciter d’autres nations à faire de même, fragilisant ainsi l’équilibre stratégique mondial.
Selon les chiffres du Congrès américain, les États-Unis ont effectué plus de 1 000 essais nucléaires entre 1945 et 1992. Depuis 1998, seuls les essais nord-coréens ont été recensés. La Russie a réalisé ses derniers tests en 1990 et la Chine en 1996.
Certains experts remettent en question la nécessité de nouveaux essais nucléaires, soulignant que les États-Unis disposent déjà d’un vaste programme de simulation informatique et d’essais non explosifs pour garantir la fiabilité de leur arsenal.
« Je ne crois pas que des essais soient nécessaires pour garantir la fiabilité de l’arsenal nucléaire américain. Ce serait un cadeau pour la Russie et la Chine, qui développent de nouveaux types d’armes nucléaires et bénéficieraient d’une reprise des essais. »
Gary Samore, ancien expert en armes de destruction massive au Conseil de sécurité nationale de l’administration Clinton
De plus, la reprise des essais pourrait s’avérer complexe et coûteuse. Aucun financement spécifique n’a été alloué à la préparation des tests depuis 2010, et les infrastructures existantes sont obsolètes. Selon Daryl Kimball, directeur de l’Arms Control Association, il faudrait au moins 36 mois pour que les États-Unis puissent reprendre les essais nucléaires souterrains.
La Chine a appelé les États-Unis à respecter leur engagement en faveur du moratoire sur les essais nucléaires et à préserver la stabilité stratégique mondiale. La Russie a dénoncé une nouvelle ère d’imprévisibilité et de confrontation ouverte, selon l’agence de presse RIA. Des membres démocrates du Congrès américain se sont également exprimés contre la reprise des essais. Le porte-parole pour la politique étrangère du groupe parlementaire de l’Union au Bundestag, Jürgen Hardt, a toutefois exprimé sa compréhension, soulignant que c’est la Russie qui a relancé la course aux armements en testant des missiles à capacité nucléaire.
Le traité New Start, dernier accord majeur de contrôle des armements entre les États-Unis et la Russie, expire en février 2026, et aucune négociation n’est en cours pour un renouvellement. Le Kremlin a d’ailleurs déclaré qu’une renégociation serait impossible. Le Traité international d’interdiction des essais nucléaires, adopté par l’ONU en 1996, n’a pas été ratifié par les États-Unis, et la Russie a retiré sa ratification fin 2023.
L’ancien général de brigade de la Bundeswehr, Hans-Werner Vad, a souligné que cette annonce pourrait être une manœuvre de Donald Trump pour ouvrir des négociations avec la Russie sur de nouvelles limites ou un contrôle des armements. Il a également évoqué un changement de stratégie nucléaire russe, avec une réflexion sur la possibilité d’autoriser le premier recours aux armes nucléaires en cas de menace pour les intérêts russes.
Les armes nucléaires n’ont été utilisées qu’à deux reprises dans l’histoire, lorsque les États-Unis ont largué des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, faisant des dizaines de milliers de morts. Le nombre exact de victimes reste inconnu en raison des effets à long terme des radiations.
Ce reportage a été diffusé le 30 octobre 2025 sur Deutschlandfunk.
