La crainte d’une inflation persistante s’éloigne, mais les signaux d’alerte se multiplient concernant le marché de l’emploi américain. La Réserve fédérale devrait réagir dès mercredi en abaissant ses taux d’intérêt d’un quart de point, et pourrait également mettre fin à son programme de réduction de son bilan.
Malgré une croissance économique toujours solide, des marchés boursiers au plus haut et une inflation qui, bien que supérieure à l’objectif, ne s’emballe pas comme prévu, les investisseurs anticipent déjà cette baisse de taux, et prévoient même une nouvelle réduction en décembre. Cette décision intervient après une pause de neuf mois dans la politique de resserrement monétaire, une pause que le président de la Fed, Jerome Powell, avait justifiée par une approche prudente de gestion des risques.
L’impact des droits de douane sur les prix a été moins important que redouté. Les données de juillet et août révèlent un taux de droits de douane effectif d’environ 10 % (contre une estimation initiale de 18 %), suggérant que les entreprises américaines se tournent vers des fournisseurs situés dans des pays moins taxés, modifiant ainsi la composition de leurs importations. Cette capacité à absorber les coûts supplémentaires a contribué à limiter la hausse de l’inflation sous-jacente aux États-Unis, qui n’a augmenté que de 0,2 % en septembre.
Cependant, la détérioration du marché du travail est devenue la principale préoccupation. Les indicateurs récents, bien que perturbés par la fermeture temporaire du gouvernement, pointent vers un ralentissement marqué des embauches, voire des licenciements. Plus de 50 % des ménages américains anticipent une augmentation du chômage dans les 12 prochains mois, et les enquêtes auprès des entreprises ne sont pas plus encourageantes. La Fed risque ainsi de ne pas atteindre son objectif de plein emploi, ce qui pourrait à terme freiner la croissance économique et compromettre sa cible d’inflation de 2 %.
La Fed pourrait donc poursuivre sa politique de baisse des taux en décembre. Lors de sa réunion de septembre, elle avait déjà anticipé deux baisses de taux cette année, et une autre en 2026, estimant que cela suffirait à soutenir l’économie tout en maîtrisant l’inflation. Le marché, en revanche, est plus pessimiste et table sur des mesures plus agressives pour contrer un affaiblissement rapide du marché du travail.
Parallèlement à la question des taux, la Fed devrait également aborder la question de la réduction de son bilan (le “quantitative tightening” ou QT). Les réserves bancaires sont actuellement confortables, mais la banque centrale ne souhaite pas prendre de risques inutiles. Elle pourrait donc mettre fin au programme de réduction des bons du Trésor, et envisager de maintenir le rythme actuel de réduction des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS), tout en rachetant des bons du Trésor pour compenser. Cette option, peu discutée jusqu’à présent, pourrait être perçue favorablement par les marchés.
Les marchés financiers ne devraient pas être particulièrement perturbés par cette réunion de la Fed, l’anticipation d’une baisse de taux étant déjà largement intégrée. Le dollar, en revanche, pourrait être plus sensible aux déclarations de Jerome Powell, notamment en ce qui concerne l’inflation et l’emploi. À plus long terme, une reprise des données économiques et une amélioration de la situation de l’emploi pourraient freiner la dépréciation du dollar, dont l’objectif actuel est de 1,20 pour décembre.
