Publié le 16 mai 2024 12:46. La Suisse a connu son premier attentat lié à l’idéologie incel en 2020, révélant une menace émergente que les autorités peinent à quantifier et à contrer, suscitant l’inquiétude des milieux politiques.
- Le premier attentat incel en Suisse a eu lieu en 2020, impliquant un agresseur motivé par la haine des femmes.
- Cédric Wermuth, co-président du Parti social-démocrate (PS), demande au Conseil fédéral des éclaircissements sur l’ampleur du phénomène incel en Suisse.
- Plus de 50 personnes ont été tuées dans des attaques liées à cette idéologie à travers le monde depuis 2014.
Les « incels », abréviation de « involuntary celibates » (célibataires involontaires), sont des jeunes hommes qui expriment leur frustration face à leur incapacité à nouer des relations sexuelles ou amoureuses. Leur discours, souvent diffusé sur des forums internet, mélange un sentiment de victimisation, une misogynie virulente et des fantasmes de violence. Dans les cas les plus extrêmes, cette radicalisation en ligne peut déboucher sur des actes criminels.
Un premier cas suisse a été recensé il y a environ cinq ans, selon des informations récemment rendues publiques par SRF. Le 11 septembre 2020, un homme a délibérément percuté deux collégiennes de 15 ans. L’Office fédéral de la police (Fedpol) a qualifié cet acte de terrorisme incel, soulignant la motivation haineuse de l’agresseur.
L’affaire a relancé les interrogations sur la présence et l’évolution de ce phénomène en Suisse. Cédric Wermuth s’est adressé au Conseil fédéral pour obtenir des réponses précises. Il souhaite notamment connaître l’étendue de la communauté incel dans le pays, les risques qu’elle représente et les conclusions tirées par Fedpol suite à son enquête. Il critique également le manque de communication proactive de Fedpol concernant la classification de l’attaque de 2020 comme acte incel.
Les deux victimes de l’agression de 2020 ont survécu, mais souffrent de blessures graves. L’agresseur, isolé et porteur d’un manifeste en anglais imprégné d’antisémitisme, de racisme et de misogynie, a été condamné en mai 2023 à 13 ans et demi de prison. Il avait diffusé l’agression en direct sur internet, une pratique qui, selon Veronika Kracher, experte en radicalisation incel, tend à se généraliser afin de toucher un public plus large et de susciter l’adhésion.
En 2022, Fedpol a réalisé une analyse interne sur le phénomène incel, révélant une augmentation de son importance au niveau international. Selon le Conseil fédéral, cette analyse a confirmé une tendance à la radicalisation en ligne. Toutefois, la surveillance préventive et la répression de ces formes de radicalisation relèvent de la compétence des cantons.
La prévention et la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme nécessitent une sensibilisation accrue des autorités. Le deuxième plan d’action national dans ce domaine inclut désormais des thématiques liées à la masculinité et aux processus de radicalisation.
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